Y a-t-il une vérité en morale ?

Résumé du cours

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Documents

A/ Le relativisme moral est-il convaincant ?

  • Textes et documents sur le relativisme culturel (pas encore en ligne)

B/ Qu’est-ce qui peut rendre vrai ou faux un jugement moral ?

  • Textes et documents sur l’idée de vérité en morale (pas encore en ligne)

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1 Commentaire »

 
  • Pascal G dit :

    Salut Cédric,

    Il me vient une remarque à propos de la réfutation de l’argument de la tolérance :

    « Mais le problème avec l’argument de la tolérance est que cet argument se mord la queue : il est en fait autocontradictoire. Si la conclusion est qu’on ne peut pas affirmer qu’il y a une vérité en morale, alors on ne peut pas affirmer qu’il ne faut pas être intolérant (prémisse 3), car c’est justement soutenir qu’il y a au moins une vérité en morale, celle selon laquelle il faut être tolérant ! »

    Cette objection est valide si on suit ta présentation de l’argument :

    (1) Il y a une diversité de croyances morales.
    (2) Si on affirme qu’il y a une vérité en morale, on n’accepte pas la différence de croyances morales et on est intolérant.
    (3) Il ne faut pas être intolérant.
    Donc : On ne peut pas affirmer qu’il y a une vérité en morale.

    Ici, l’erreur vient du passage de l’étape 2 à l’étape 3, puisqu’on passe d’un constat (affirmer une vérité en morale, c’est être intolérant) à une norme (il ne faut pas être intolérant) : le relativisme descriptif se transforme en relativisme normatif, sans que l’on sache ce qui légitime cette transformation.

    Mais justement, a-t-on besoin de ce passage ? Ce que dit le relativisme descriptif, c’est que l’idée d’une croyance morale vraie ne rend pas compte de la diversité factuelle des croyances morales. Ce constat pose donc un problème : s’il existe une vérité en morale, c’est donc que l’une (ou aucune) d’entre elles est vraie, et pas les autres. Il y a donc bien « intolérance », puisqu’on estime qu’il existe des morales « fausses ».

    Mais une fois que l’on a dit cela, on a deux solutions : soit l’on admet que l’on ne dispose pas de critères permettant de déterminer laquelle est vraie ; dans ce cas, on dit « il existe une morale vraie, mais je ne sais pas de laquelle il s’agit ». On aboutit alors à un relativisme normatif qui ne repose pas sur un impératif moral, mais sur un impératif logique : comment se montrer intolérant lorsque l’on ne sait pas à l’égard de quelle morale on doit se montrer intolérant ? « Je suis contre les morales fausses… mais je ne sais pas desquelles il s’agit. » La tolérance (le fait de reconnaître aux différentes morales une valeur égale) ne provient pas alors d’un impératif moral, mais c’est une exigence logique : puisque je n’ai pas de critères permettant de déterminer quelle est la morale vraie, quelles sont les morales fausses, alors toutes les morales ont une même valeur de vérité : une valeur indéterminée. En ce sens, je dois me comporter à leur égard comme si elles avaient la même valeur.

    Deuxième possibilité : j’affirme que je dispose d’un critère de vérité me permettant de déterminer quelle est la vraie morale. mais dans ce cas je dois exhiber ce critère : la charge de la preuve revient à l’accusation. Or comment démontrer qu’une morale est « vraie » sans prendre déjà appui sur un référentiel de valeur ? Comment puis-je démontrer, par exemple, que l’esclavage est immoral sans poser au départ que tous les hommes sont libres et que toute atteinte à cette liberté est une violation de leur dignité ? Ici, c’est bien l’opposant au relativisme qui risque de « se mordre la queue » : puisqu’il doit démontrer qu’une morale est vraie sans prendre appui sur des principes moraux de départ… ce qui est sans doute impossible. C’est un peu comme un mathématicien qui chercherait à démontrer que la géométrie euclidienne est « plus vraie » que les géométries non euclidiennes : s’il ne pose pas au départ un principe géométrique selon lequel on doit raisonner dans un espace dont la courbure est nulle, il va avoir quelques difficultés…

    Il me semble donc que l’argument du relativisme normatif n’a pas besoin d’affirmer une valeur morale (la tolérance) : il lui suffit de montrer que toute intolérance suppose, soit une incohérence logique (je me montre intolérant à l’égard de morales sans savoir si elles sont fausses), soit une preuve qu’il est (peut-être ?) impossible de donner.

    En ce sens, le relativisme normatif ne se contredit pas, puisque ce qu’il affirme (il faut être tolérant) n’est pas un principe moral : c’est un principe logique. Le seul impératif que le relativisme normatif implique, c’est que l’on doit adopter un comportement logique… et encore, il n’a même pas besoin de l’exiger. Il suffit qu’il dise : si vous êtes intolérants, alors vous devez admettre que vous êtes illogiques. Vous le pouvez, mais vous devez le reconnaître explicitement…

    En résumé, la seule manière pour le non-relativiste de s’en sortir est, soit d’admettre qu’il est illogique, soit de proposer un critère clair permettant d’établir la « vérité » d’une morale, une règle à suivre qui permette de déterminer si une règle morale est vraie ou fausse, règle qui ne doit elle-même prendre appui sur aucun principe moral ; et même plus : règle qui ne doit prendre appui sur aucun principe culturel. L’intolérant ne peut justifier sa position que s’il parvient à démontrer qu’une morale est vraie en ne prenant appui que sur des principes qui sont nécessairement admis par tous… bonne chance à lui !

    Pascal G