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	<title>Commentaires sur : Trois versions de l&#8217;argument de la séparation des personnes contre les comparaisons interpersonnelles</title>
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	<description>Professeur de philosophie</description>
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		<title>Par : Luestan Theel</title>
		<link>http://eyssette.net/trois-versions-de-l-argument-de-la-separation-des-personnes-contre-les-comparaisons-interpersonnelles/682#comment-3061</link>
		<dc:creator>Luestan Theel</dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Sep 2010 10:00:21 +0000</pubDate>
		<guid isPermaLink="false">http://www.eyssette.net/?p=682#comment-3061</guid>
		<description>Je trouve étrange que cet article n&#039;ait eu qu&#039;un commentaire depuis novembe 2009, alors qu&#039;il est aussi passionnant que les autre articles du blog, et fait d&#039;ailleurs suite à une discussion animée sur le même sujet. Les questions théoriques qu&#039;il soulève sont peut-être intimidantes. En tout cas le sujet ne me paraît pas épuisé...

Je réagis pour ma part à &quot;l&#039;argument du diable&quot; qu&#039;a avancé Nozick en faveur de l&#039;utilitarisme, argument fondé sur l&#039;analogie des sacrifices que consent un individu pour un bien à venir.
Cet argument est certes souvent invoqué en ce sens, mais il me paraît infondé. En effet ces &quot;sacrifices&quot; que consent un individu ne se font pas au détriment d&#039;une partie de lui-même pour son bien général. La balance est d&#039;ordre temporel uniquement: un mal momentané et provisoire est choisi pour obtenir un bien à venir. Le mal momentané ne concerne pas seulement une partie de la personne, mais toute la personne. Et le bien à venir ne concerne pas seulement la personne en général, mais aussi la partie ainsi traitée. Le dentiste fait mal, mais il travaille pour soulager l&#039;individu en soignant sa dent malade. Le chirurgien qui opère un membre soigne le membre tout autant que la personne. Pour rendre l&#039;analogie acceptable, il faudrait donc dire que le juge qui condamne un malfrat à la prison le fait pour le bien du malfrat tout autant que pour celui de la société (imaginons une société meilleure où la prison aurait une vertu éducative).
Il est vrai qu&#039;il y a des cas où le dentiste arrache la dent carriée, où le chirurgien ampute le membre malade. Mais il faut pour cela que la partie malade ne soit plus guérissable et que son maintien dans l&#039;organisme entraînerait la mort de l&#039;individu. L&#039;amputation n&#039;est donc plus pour lui un avantage général, c&#039;est seulement un moindre mal. C&#039;est sur ce parallèle qu&#039;on pourrait tenter de justifier la peine de mort, le problème étant qu&#039;aucune des deux conditions ne peut généralement être établie de façon certaine à l&#039;échelle d&#039;une société.

Si j&#039;ai bien compris, Nozick rejette l&#039;analogie en arguant qu&#039;une société n&#039;est pas comparable à un individu, parce qu&#039;elle n&#039;est pas une unité. Je veux bien, mais je trouve malgré tout que l&#039;analogie, si elle est faite correctement, peut être instructive quant au fonctionnement d&#039;une société.  
  
Peut-être qu&#039;après tout, un individu est une sorte de société (en devenir) &quot;à lui tout seul&quot;.</description>
		<content:encoded><![CDATA[<p>Je trouve étrange que cet article n&#8217;ait eu qu&#8217;un commentaire depuis novembe 2009, alors qu&#8217;il est aussi passionnant que les autre articles du blog, et fait d&#8217;ailleurs suite à une discussion animée sur le même sujet. Les questions théoriques qu&#8217;il soulève sont peut-être intimidantes. En tout cas le sujet ne me paraît pas épuisé&#8230;</p>
<p>Je réagis pour ma part à &laquo;&nbsp;l&#8217;argument du diable&nbsp;&raquo; qu&#8217;a avancé Nozick en faveur de l&#8217;utilitarisme, argument fondé sur l&#8217;analogie des sacrifices que consent un individu pour un bien à venir.<br />
Cet argument est certes souvent invoqué en ce sens, mais il me paraît infondé. En effet ces &laquo;&nbsp;sacrifices&nbsp;&raquo; que consent un individu ne se font pas au détriment d&#8217;une partie de lui-même pour son bien général. La balance est d&#8217;ordre temporel uniquement: un mal momentané et provisoire est choisi pour obtenir un bien à venir. Le mal momentané ne concerne pas seulement une partie de la personne, mais toute la personne. Et le bien à venir ne concerne pas seulement la personne en général, mais aussi la partie ainsi traitée. Le dentiste fait mal, mais il travaille pour soulager l&#8217;individu en soignant sa dent malade. Le chirurgien qui opère un membre soigne le membre tout autant que la personne. Pour rendre l&#8217;analogie acceptable, il faudrait donc dire que le juge qui condamne un malfrat à la prison le fait pour le bien du malfrat tout autant que pour celui de la société (imaginons une société meilleure où la prison aurait une vertu éducative).<br />
Il est vrai qu&#8217;il y a des cas où le dentiste arrache la dent carriée, où le chirurgien ampute le membre malade. Mais il faut pour cela que la partie malade ne soit plus guérissable et que son maintien dans l&#8217;organisme entraînerait la mort de l&#8217;individu. L&#8217;amputation n&#8217;est donc plus pour lui un avantage général, c&#8217;est seulement un moindre mal. C&#8217;est sur ce parallèle qu&#8217;on pourrait tenter de justifier la peine de mort, le problème étant qu&#8217;aucune des deux conditions ne peut généralement être établie de façon certaine à l&#8217;échelle d&#8217;une société.</p>
<p>Si j&#8217;ai bien compris, Nozick rejette l&#8217;analogie en arguant qu&#8217;une société n&#8217;est pas comparable à un individu, parce qu&#8217;elle n&#8217;est pas une unité. Je veux bien, mais je trouve malgré tout que l&#8217;analogie, si elle est faite correctement, peut être instructive quant au fonctionnement d&#8217;une société.  </p>
<p>Peut-être qu&#8217;après tout, un individu est une sorte de société (en devenir) &laquo;&nbsp;à lui tout seul&nbsp;&raquo;.</p>
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		<title>Par : DéfiTexte</title>
		<link>http://eyssette.net/trois-versions-de-l-argument-de-la-separation-des-personnes-contre-les-comparaisons-interpersonnelles/682#comment-1215</link>
		<dc:creator>DéfiTexte</dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Mar 2010 11:30:51 +0000</pubDate>
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		<description>Morale et politique

Je voudrais ici demander au courant utilitariste, dont la thèse est que il y a globalement maximisation de l’avantage du plus grand nombre, moralement, politiquement, quel est celui qui maximise et maximise quel nombre : qui et quoi, c&#039;est-à-dire d’être réaliste.

Le problème des textes en référence, Rawls et Nozick, est de traiter le groupe social comme un seul individu : pour Rawls, « c’est d’adopter pour la société dans son ensemble le principe du choix rationnel valable pour un individu ». Compenser et sacrifier l’individu sans référence aucune à la sensibilité y reste possible : pour Nozick, « on paye un certain prix pour sauver le bien général », on utilise l’un pour le bénéfice des autres. Le citoyen, le spectateur est impartial, contrairement au révolté. Le désir est celui résultant de la majorité : « La fiction du spectateur sert à représenter l’organisation requise des désirs de tous en un seul système cohérent et à traiter de nombreuses personnes comme une seule ».

Or, le problème est qu’une notion de séparation ne suffit pas en ces matières car l’humain séparé de l’autre est ou bien individu sensible, ou bien citoyen, car l’humain est double et le social est multiple ! Celui qui maximalise est double et l’entité maximisée est pluralité. 

Pour l’utilitariste, tenir compte des pondérations ne compte pas pour répartir les satisfactions. Pour l’utilitariste, le choix « rationnel » est la division arithmétique non-pondérée. En effet, il manque dans ces textes la distinction entre une division constante et une pondération. Pour répartir les salaires, satisfactions, libertés, bonheurs, ils envisagent la division par une constante de la forme n sans envisager de pondération de la forme nx. Or, le réalisme d’une distinction entre simple et complexe me semble être un réalisme logique. Ainsi, je ne verrais « la distinction entre jugements de fait et jugements de valeur » qu’à la condition très singulière de considérer le fait comme l’élément arithmétique n et la valeur comme l’élément arithmétique pondéré nx. 

Mais je souhaitais ici remarquer qu’une absence de distinction entre constante et pondération implique de ne pas voir que cette distinction distingue aussi la morale de la politique. 

Le corps social est un pour la morale, et multiple pour la politique tout comme un diagramme sectoriel est divisé en parts pondérées. Selon le schéma sectoriel, l’un moral est aussi multiple dans les comptes. Or, le point est le suivant : la morale est le regard porté sur l’unité 100 du secteur, la politique est le regard accommodé sur la pluralité du secteur, sur ses pourcentages. L’unité morale est la diversité ressentie comme influence unitaire – chaque diversité ayant sa propre identité. La politique consiste à composer avec chaque diversité. Ainsi, contrairement à la morale, en politique, personne ne vaut l’autre. Pour la morale, chacun vaut un tout, le tout est la valeur ; pour la politique, chacun et chaque éthique est une part d’un tout. Les comparaisons interpersonnelles évoquées par les auteurs, votes et sondages, mesurent l’amoralité c&#039;est-à-dire la différence par laquelle une personne ne vaut pas l’autre, par laquelle la part sectorielle d’une population est politiquement plus ou moins aidée ou défavorisée : que ses avantages et plaisirs ne sont pas proportionnels au nombre mais à un nombre pondéré. Car les politiques évaluent les pondérations c&#039;est-à-dire les rapports de force. L’action militante d’une vie interpersonnelle propre va obliger les politiques à pondérer un nombre brut de sorte qu’ils sachent qu’augmenter le désagrément de n% pour une population va générer des manifestations et des votes négatifs comme si ces n% étaient (x fois n)%... L’argument de la pondération est à la fois intuitif pour les politiques qui connaissent le terrain, et calculable sur une base historique des données. 

C’est maintenant une banalité de rappeler que l’humain est double : individu sensible attaché à l’agréable, pondéré et revendicatif ; citoyen ne tenant jamais scientifiquement qu’une partie constante d’une légitimité totale lors du vote démocratique. Or, l’arrogance consiste à faire prévaloir ses intérêts, ses plaisirs, à confondre individu et citoyen : faire en sorte que l’individu vaut pondéralement davantage que sa part constante citoyenne. Car l’agréable motive les pondérations mais la démocratie simple qui ne tient pas compte de l’agréable « justifie les pertes des uns par les gains des autres ». Simple : Rawls dit dans les textes en référence : « l’application des principes libéraux comporte aussi une certaine simplicité ». C’est même l’arrogance (des plaisirs) qui y fait scandale, comme toute intrusion. En démocratie, le citoyen vaut simplement autant qu’un autre, le système compte les majorités. Or, l’universalité unitaire du système démocratique implique que la majorité l’emporte mais elle implique aussi les alternances, le droit à l’existence des minorités, et il est de son intérêt maximum, naturaliste, de ménager les possibles futurs qui se manifestent. 

Pour maximiser son pouvoir, l’action politique pondère les égoïsmes et le militant pèse dans la pondération : l’individu se distingue du citoyen selon la pondération partisane car, ce que le citoyen accepte révolte l’individu. Alors, par exemple, si la catégorie de ceux qui aiment la philosophie est peu représentative (métier, plaisir, ressources), menacée, et si j’y appartiens, que faire ? Du fait de la dualité de l’individu pondérant et du citoyen insensible ou fataliste, j’ai un choix entre démocratie et démocratie étendue. Apparaître minoritaire est démocratique, statistique et simple, mais tient au rapport humain complexe avec l’agréable par l’action pondératrice. Donc, il est démocratiquement moral, bien que désagréable, d’être désigné citoyen minoritaire et économiquement, socialement, individuellement perdant. Le citoyen absolument séparé des autres décide démocratiquement des lois – bien qu’il y est soumis pondéralement, en fonction de ce qu’il fait, de ses apparences, et des solidarités.

La question de la morale et de la politique tient au bien de tous, un bien supérieur unitaire. Il y a les épicuriens pour qui le maximum de plaisir tient à la discrétion (les stoïciens sont silencieux) ; et ceux qui ne possèdent pas ce maximum de plaisir et pour qui ce maximum tient à la lutte. Cependant, lutter de manière citoyenne exclut qu’un « état », qu’une catégorie es-qualité suffise pour pondérer : exclut qu’il suffise d’être riche ou adhérent, car précisément la lutte menace « l’état » dans la persévérance de son être. Respecter les nombres : voilà une tension spinoziste. Et l’on voit le militant citoyen, éthique, qui se sacrifie pour son parti comme s’il était un tout. La pondération fait que la puissance d’un groupe tient à son activisme militant ou économique partisan. 

Est moral l’individu soumis à l’influence d’un groupe ; en démocratie, le citoyen est soumis au nombre des votes ; le citoyen soumis au nombre pondéré des activités est en démocratie étendue. Je vois que la pondération, le lobbysme, le syndicalisme, implique le présupposé d’une nature complexe où l’un ne vaut pas l’autre. Compter les votes nous place dans une théorie simple ; pondérer nous place encore dans une nature naturelle où nous luttons pour persévérer dans notre être. La démocratie étendue consiste à vivre en état de nature sociologique. Le politique compte les individus « comme un seul » au moment des votes puis pondère les individus et les groupes tout au long des interstices. Telle est la duplicité politique entre stratégie et tactique, entre positions et moyens. Or, sans calcul des nombres, que devient la démocratie ? Sans citoyenneté étendue, que devient la paix ? Car la citoyenneté étendue, c’est la vie en paix dans les luttes, et la démocratie étendue, c’est au moins de ne pas faire disparaitre la diversité : de tenir l’unité éthique des diversités. L’enjeu est de vivre en paix dans la diversité, de pouvoir vivre dans le mélange pondéré et non pas de trouver un argument pour faire taire la diversité. 

Pour reprendre le terme, « rationnellement », le vote et la lutte, de longue date, demeurent égoïstes et sans aucune prévenance : chacun agit à la fois comme être statistique et comme être statistique pondéré, dont chaque résultante tient le pouvoir. La politique agit en fonction de l’analyse des nombres naturels et des nombres réels. Fini l’illusion de croire que le consensus désire que la contention individuelle puis le désir individuel fasse statistiquement la loi ! Il y a peut-être des désirs utiles, il y a certainement des calculs systémiques. Mais le consensus désire que le nombre détermine le pouvoir : le nombre des votes pour les élections, la pondération entre les élections. Simplement, la démocratie détermine la mise en place de l’Etat, la démocratie étendue prend place dans l’extension des périodes entre les élections et détermine les modalités. Raisonnablement, il est désirable de « se servir de comparaisons interpersonnelles comme base d’une décision politique » : des sondages pour rapprocher les gouvernants des citoyens entre des élections et des votes au moment l’une élection… L’Etat tient à la résultante des égoïsmes particuliers avant puis après pondération. Il est donc, pour le système ethnologique de la solidarité d’Etat, « moralement acceptable de faire des comparaisons interpersonnelles » : des comparaisons interpersonnelles non-pondérées stratégiques puis des pondérations médiatiques, économiques, de divers rapports de force. 

Dans l’ordre des entiers naturels, le don altruiste moral des populations premières, puis le sacrifice chrétien, mais aussi l’idée scientiste de la dictature d’un système simple, envisagent une justification supérieure, une maximisation unitaire, en excluant la rationalité complexe du divisible et du continu. La solidarité sociale et la prise de place économique sont des forces fortes. Cependant, il convient aussi de remarquer que les forces faibles, comme la pesanteur cosmologique, la générosité, l’altruisme, l’exemplarité, peuvent aussi l’emporter au siècle des siècles.</description>
		<content:encoded><![CDATA[<p>Morale et politique</p>
<p>Je voudrais ici demander au courant utilitariste, dont la thèse est que il y a globalement maximisation de l’avantage du plus grand nombre, moralement, politiquement, quel est celui qui maximise et maximise quel nombre : qui et quoi, c&#8217;est-à-dire d’être réaliste.</p>
<p>Le problème des textes en référence, Rawls et Nozick, est de traiter le groupe social comme un seul individu : pour Rawls, « c’est d’adopter pour la société dans son ensemble le principe du choix rationnel valable pour un individu ». Compenser et sacrifier l’individu sans référence aucune à la sensibilité y reste possible : pour Nozick, « on paye un certain prix pour sauver le bien général », on utilise l’un pour le bénéfice des autres. Le citoyen, le spectateur est impartial, contrairement au révolté. Le désir est celui résultant de la majorité : « La fiction du spectateur sert à représenter l’organisation requise des désirs de tous en un seul système cohérent et à traiter de nombreuses personnes comme une seule ».</p>
<p>Or, le problème est qu’une notion de séparation ne suffit pas en ces matières car l’humain séparé de l’autre est ou bien individu sensible, ou bien citoyen, car l’humain est double et le social est multiple ! Celui qui maximalise est double et l’entité maximisée est pluralité. </p>
<p>Pour l’utilitariste, tenir compte des pondérations ne compte pas pour répartir les satisfactions. Pour l’utilitariste, le choix « rationnel » est la division arithmétique non-pondérée. En effet, il manque dans ces textes la distinction entre une division constante et une pondération. Pour répartir les salaires, satisfactions, libertés, bonheurs, ils envisagent la division par une constante de la forme n sans envisager de pondération de la forme nx. Or, le réalisme d’une distinction entre simple et complexe me semble être un réalisme logique. Ainsi, je ne verrais « la distinction entre jugements de fait et jugements de valeur » qu’à la condition très singulière de considérer le fait comme l’élément arithmétique n et la valeur comme l’élément arithmétique pondéré nx. </p>
<p>Mais je souhaitais ici remarquer qu’une absence de distinction entre constante et pondération implique de ne pas voir que cette distinction distingue aussi la morale de la politique. </p>
<p>Le corps social est un pour la morale, et multiple pour la politique tout comme un diagramme sectoriel est divisé en parts pondérées. Selon le schéma sectoriel, l’un moral est aussi multiple dans les comptes. Or, le point est le suivant : la morale est le regard porté sur l’unité 100 du secteur, la politique est le regard accommodé sur la pluralité du secteur, sur ses pourcentages. L’unité morale est la diversité ressentie comme influence unitaire – chaque diversité ayant sa propre identité. La politique consiste à composer avec chaque diversité. Ainsi, contrairement à la morale, en politique, personne ne vaut l’autre. Pour la morale, chacun vaut un tout, le tout est la valeur ; pour la politique, chacun et chaque éthique est une part d’un tout. Les comparaisons interpersonnelles évoquées par les auteurs, votes et sondages, mesurent l’amoralité c&#8217;est-à-dire la différence par laquelle une personne ne vaut pas l’autre, par laquelle la part sectorielle d’une population est politiquement plus ou moins aidée ou défavorisée : que ses avantages et plaisirs ne sont pas proportionnels au nombre mais à un nombre pondéré. Car les politiques évaluent les pondérations c&#8217;est-à-dire les rapports de force. L’action militante d’une vie interpersonnelle propre va obliger les politiques à pondérer un nombre brut de sorte qu’ils sachent qu’augmenter le désagrément de n% pour une population va générer des manifestations et des votes négatifs comme si ces n% étaient (x fois n)%&#8230; L’argument de la pondération est à la fois intuitif pour les politiques qui connaissent le terrain, et calculable sur une base historique des données. </p>
<p>C’est maintenant une banalité de rappeler que l’humain est double : individu sensible attaché à l’agréable, pondéré et revendicatif ; citoyen ne tenant jamais scientifiquement qu’une partie constante d’une légitimité totale lors du vote démocratique. Or, l’arrogance consiste à faire prévaloir ses intérêts, ses plaisirs, à confondre individu et citoyen : faire en sorte que l’individu vaut pondéralement davantage que sa part constante citoyenne. Car l’agréable motive les pondérations mais la démocratie simple qui ne tient pas compte de l’agréable « justifie les pertes des uns par les gains des autres ». Simple : Rawls dit dans les textes en référence : « l’application des principes libéraux comporte aussi une certaine simplicité ». C’est même l’arrogance (des plaisirs) qui y fait scandale, comme toute intrusion. En démocratie, le citoyen vaut simplement autant qu’un autre, le système compte les majorités. Or, l’universalité unitaire du système démocratique implique que la majorité l’emporte mais elle implique aussi les alternances, le droit à l’existence des minorités, et il est de son intérêt maximum, naturaliste, de ménager les possibles futurs qui se manifestent. </p>
<p>Pour maximiser son pouvoir, l’action politique pondère les égoïsmes et le militant pèse dans la pondération : l’individu se distingue du citoyen selon la pondération partisane car, ce que le citoyen accepte révolte l’individu. Alors, par exemple, si la catégorie de ceux qui aiment la philosophie est peu représentative (métier, plaisir, ressources), menacée, et si j’y appartiens, que faire ? Du fait de la dualité de l’individu pondérant et du citoyen insensible ou fataliste, j’ai un choix entre démocratie et démocratie étendue. Apparaître minoritaire est démocratique, statistique et simple, mais tient au rapport humain complexe avec l’agréable par l’action pondératrice. Donc, il est démocratiquement moral, bien que désagréable, d’être désigné citoyen minoritaire et économiquement, socialement, individuellement perdant. Le citoyen absolument séparé des autres décide démocratiquement des lois – bien qu’il y est soumis pondéralement, en fonction de ce qu’il fait, de ses apparences, et des solidarités.</p>
<p>La question de la morale et de la politique tient au bien de tous, un bien supérieur unitaire. Il y a les épicuriens pour qui le maximum de plaisir tient à la discrétion (les stoïciens sont silencieux) ; et ceux qui ne possèdent pas ce maximum de plaisir et pour qui ce maximum tient à la lutte. Cependant, lutter de manière citoyenne exclut qu’un « état », qu’une catégorie es-qualité suffise pour pondérer : exclut qu’il suffise d’être riche ou adhérent, car précisément la lutte menace « l’état » dans la persévérance de son être. Respecter les nombres : voilà une tension spinoziste. Et l’on voit le militant citoyen, éthique, qui se sacrifie pour son parti comme s’il était un tout. La pondération fait que la puissance d’un groupe tient à son activisme militant ou économique partisan. </p>
<p>Est moral l’individu soumis à l’influence d’un groupe ; en démocratie, le citoyen est soumis au nombre des votes ; le citoyen soumis au nombre pondéré des activités est en démocratie étendue. Je vois que la pondération, le lobbysme, le syndicalisme, implique le présupposé d’une nature complexe où l’un ne vaut pas l’autre. Compter les votes nous place dans une théorie simple ; pondérer nous place encore dans une nature naturelle où nous luttons pour persévérer dans notre être. La démocratie étendue consiste à vivre en état de nature sociologique. Le politique compte les individus « comme un seul » au moment des votes puis pondère les individus et les groupes tout au long des interstices. Telle est la duplicité politique entre stratégie et tactique, entre positions et moyens. Or, sans calcul des nombres, que devient la démocratie ? Sans citoyenneté étendue, que devient la paix ? Car la citoyenneté étendue, c’est la vie en paix dans les luttes, et la démocratie étendue, c’est au moins de ne pas faire disparaitre la diversité : de tenir l’unité éthique des diversités. L’enjeu est de vivre en paix dans la diversité, de pouvoir vivre dans le mélange pondéré et non pas de trouver un argument pour faire taire la diversité. </p>
<p>Pour reprendre le terme, « rationnellement », le vote et la lutte, de longue date, demeurent égoïstes et sans aucune prévenance : chacun agit à la fois comme être statistique et comme être statistique pondéré, dont chaque résultante tient le pouvoir. La politique agit en fonction de l’analyse des nombres naturels et des nombres réels. Fini l’illusion de croire que le consensus désire que la contention individuelle puis le désir individuel fasse statistiquement la loi ! Il y a peut-être des désirs utiles, il y a certainement des calculs systémiques. Mais le consensus désire que le nombre détermine le pouvoir : le nombre des votes pour les élections, la pondération entre les élections. Simplement, la démocratie détermine la mise en place de l’Etat, la démocratie étendue prend place dans l’extension des périodes entre les élections et détermine les modalités. Raisonnablement, il est désirable de « se servir de comparaisons interpersonnelles comme base d’une décision politique » : des sondages pour rapprocher les gouvernants des citoyens entre des élections et des votes au moment l’une élection… L’Etat tient à la résultante des égoïsmes particuliers avant puis après pondération. Il est donc, pour le système ethnologique de la solidarité d’Etat, « moralement acceptable de faire des comparaisons interpersonnelles » : des comparaisons interpersonnelles non-pondérées stratégiques puis des pondérations médiatiques, économiques, de divers rapports de force. </p>
<p>Dans l’ordre des entiers naturels, le don altruiste moral des populations premières, puis le sacrifice chrétien, mais aussi l’idée scientiste de la dictature d’un système simple, envisagent une justification supérieure, une maximisation unitaire, en excluant la rationalité complexe du divisible et du continu. La solidarité sociale et la prise de place économique sont des forces fortes. Cependant, il convient aussi de remarquer que les forces faibles, comme la pesanteur cosmologique, la générosité, l’altruisme, l’exemplarité, peuvent aussi l’emporter au siècle des siècles.</p>
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