Moscou 1951 – la vérité sur le positivisme logique !

Billet publié également sur Philotropes.

« Le POSITIVISME LOGIQUE, ou empirisme logique — l’un des courants philosophiques qui prédomine à l’heure actuelle dans la philosophie bourgeoise anglo-américaine — est une forme d’idéalisme subjectif caractéristique de la philosophie bourgeoise dégénérescente à l’époque du déclin du capitalisme. Cette école réactionnaire idéaliste a pris forme en Autriche dans les années 1920 (c’est ce qu’on appelle le « Cercle de Vienne » avec Schlick, Carnap, Neurath, etc.) dans la lignée directe du Machisme. À présent, les membres du « Cercle de Vienne » qui sont encore vivants se sont installés aux États-Unis. En Angleterre, les représentants principaux du positivisme logique sont Russell, Wittgenstein, Ayer et Wisdom. Dans leur réponse à la question fondamentale de la philosophie, les positivistes logiques se situent dans la lignée de Hume et de Mach, déniant toute réalité objective indépendante de l’expérience sensible. Les positivistes logiques tentent de réactiver l’opposition de l’idéalisme subjectif au matérialisme au moyen de la logique symbolique. À la base du positivisme logique, on a le fonctionnement suivant : 1°) une falsification des conclusions de la science naturelle et une distorsion idéaliste de son sens et de son contenu théorique, 2°) une limitation empirique de la connaissance scientifique : c’est ainsi que le positivisme logique laisse le champ libre à la religion, justifiant sa prétention illusoire qu’une connaissance non scientifique, mystique est possible, et excluant aussi l’éthique et l’esthétique du champ de compétence de la science, 3°) une distorsion de la logique, de son rôle dans la connaissance scientifique, et une distorsion de son rapport à la réalité (les positivistes logiques se montrent ici particulièrement zélés). L’« analyse » de la connaissance scientifique et des jugements est considérée comme la tâche fondamentale de la philosophie du positivisme logique. C’est par une sophistique frappante que les positivistes logiques tentent d’arracher tout contenu matériel de la connaissance scientifique. Incapables de réfuter directement les principes de base matérialistes, ils se refusent à considérer les questions les plus importantes de la philosophie des sciences, prétendant que ces questions ne sont que des « pseudo-problèmes ». Les lois et formes de la logique ressemblent pour les positivistes logiques aux règles d’un jeu de cartes. Une telle « logique », bien sûr, offre un champ illimité pour les procédés scolastiques qui servent les intérêts de la réaction impéraliste et du clergé. « Nous devons », écrit Wisdom, l’un des piliers du positivisme logique, « promouvoir la philosophie, non pas sous la forme d’une question, mais sous la forme d’une prière ». Voici le rôle officiel de cette « philosophie » : discréditer la connaissance scientifique et élever la religion. »

Rosenthal, Mark Moisevich. & Yudin, Pavel Fedorovich, Kratkii filosofskii slovar (Short Philosophical Dictionary), Moscow : Gospolitizdat, 1951 (3e édition)

(Traduit à partir du texte anglais reproduit sur le blog de Justin Erik Halldór Smith)

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6 Commentaires »

 
  • Bastien dit :

    Je me trompe peut-être, mais ça ressemble un peu à une sorte de créationnisme non ? En tout cas, ça montre encore la « guerre » entre la Science et la Religion…

    • À propos de l’idée d’une « guerre entre science et religion », c’est en quelque sorte l’idée : il est bel et bien reproché ici au positivisme logique d’affaiblir les prétentions de la science et du coup de ne pas véritablement critiquer la religion (ce qui lui laisserait alors le champ libre).
      Il n’est en revanche pas du tout question ici de créationnisme.

  • frederic Menager dit :

    j’avoue que c un grand moment , je peine à croire même que l’on ait pu écrire de telles contre-vérités sur un mouvement que je suis loin de porter aux nues mais qui m’apparaît comme ne répondant à aucune de ces problématiques.
    Mais c’est une lecture qui finalement aussi partiale soit-elle a le mérite d’ être divertissante

  • Rémi Camus dit :

    Il manque votre analyse. On ne connaît que votre jugement: il s’agirait de la vérité, ou d’un mensonge, si votre titre est ironique – mais cela fait peu de différence :)

    Hors contexte, ce sont toutes les définitions du Dictionnaire abrégé de philosophie de l’époque stalinienne qui paraissent délirantes. Mais ce qui demeure fascinant – à supposer que l’on accepte un instant de mettre entre parenthèses le régime de terreur, s’entend! – c’est que l’on ait pu même faire semblant de penser cela… Tenez, la référence à Mach, c’est évidemment une façon de renvoyer à Matérialisme et empiriocriticisme de Lénine (1908), mais ce renvoi est-il cohérent? Quid de la référence à l’éthique? Et est-ce vraiment un texte philosophique (ou dans quelle mesure etc.)?

    • Merci pour votre commentaire. Je vous prie d’excuser mon retard dans ma réponse. Pour des raisons personnelles, j’ai été conduit à négligé ce blog et je m’y remets peu à peu à présent.
      Mon titre est bien sûr ironique ! Il semble difficile de prendre au sérieux un tel texte, et je crois m’être clairement positionné comme un partisan de la philosophie analytique sur ce blog.
      Vous semblez connaître d’autres aspects de ce Dictionnaire abrégé de philosophie, pourriez-vous éventuellement nous en communiquer d’autres extraits ? Existe-t-il une édition française de ce texte ?
      Sur la question du statut de ce texte (dans quelle mesure s’agit-il d’un texte philosophique ?), je vous renvoie au début d’une discussion sur ce point sur le blog philotropes et notamment aux remarques faites par Patrick Ducray, remarques auxquelles je souscris totalement.

      • Rémi Camus dit :

        Merci de votre réaction. D’autres extraits? Oui, volontiers, un peu plus tard, promis (il n’en existe pas de traduction à ma connaissance; j’ai pour ma part à portée de main le Dictionnaire encyclopédique de philosophie, avec des définitions du même canon). Mais moins pour y pointer une imbécilité, que pour interroger le philosophe que vous êtes sur les éventuels attendus et enjeux. Je refuse de croire une seconde que les auteurs de ces textes ne pensaient pas. Il y a tout un travail d’exégèse à faire, lequel nécessiterait une imprégnation dans le corpus du marxisme-léninisme. (je connais mieux l’exemple des lexicographes: les ouvrages étaient rédigés par d’éminents spécialistes, puis le tout était relu par un censeurs bien au fait de la ligne du Parti – sachant cela, on arrive parfois à expliquer de petits faits, et à retrouver le travail original sous le verni politiquement correct dont on l’a affublé).