La conscience est-elle un obstacle au bonheur ?

I – Instructions !

Le premier devoir que vous allez faire est un devoir guidé. Je vous donne déjà le plan

La première partie est très guidée : je vous donne aussi la structure de l’argumentation. La deuxième partie est moins guidée, mais reste proche du cours. Dans la troisième partie, vous avez seulement l’idée directrice, ainsi que quelques textes à lire, mais c’est à vous de construire l’argumentation.

Voici le plan que vous devez suivre :

  • I – La conscience semble être à première vue une condition du bonheur.
  • II – Mais la prise de conscience de la condition humaine semble faire de l’idéal du bonheur une illusion.
  • III – Nous pouvons toutefois parvenir à un bonheur véritable si nous avons une conscience éthique de la valeur de notre vie.

II – Remarques

Remarquez que dans chaque partie, nous répondons à la question posée : I – la conscience n’est pas un obstacle au bonheur, c’est au contraire une condition du bonheur, II – la conscience de la condition humaine semble être un obstacle au bonheur (quand on prend conscience du tragique de l’existence, peut-on encore être heureux ?), III – La conscience éthique de la valeur de notre vie peut nous faire parvenir à un bonheur véritable : ce n’est pas un obstacle, mais au contraire un moyen pour accéder au bonheur.

Remarquez également que le plan n’en reste pas à I – non, II – oui, III – non. Ce qui est important, ce sont les raisons pour lesquelles on est par exemple amenés à penser que la conscience semble être un obstacle au bonheur (cf. la deuxième partie).

Remarquez enfin que le plan procède par progression. On part du plus simple : on ne parle pas de bonheur pour les pierres, les tables, les plantes : seuls des êtres conscients peuvent être dits heureux. La conscience semble être une condition du bonheur. Puis on avance dans notre réflexion en soulignant des difficultés, en relevant un problème : la conscience, c’est aussi la conscience de la mort, de la souffrance, du malheur des autres. Peut-on alors véritablement être heureux en prenant conscience de tout cela ? On procède de la même manière pour arriver à la troisième partie : au fond, la prise de conscience de tout ce qu’il y a de tragique peut être aussi l’occasion d’une prise de conscience éthique de ce qui a une valeur dans la vie. Et c’est peut-être à travers cette conscience éthique que l’on parviendrait à un bonheur véritable.

III – Votre travail

Pour votre travail, commencez par analyser le sujet : cherchez à comprendre ce qu’est la conscience, rappelez-vous les différentes manières de caractériser le bonheur, et essayez de définir ce qu’est un obstacle.

Voyez ensuite comment on peut répondre au sujet, quels arguments on peut proposer pour défendre ou critiquer ces réponses, et dégagez une problématique : déterminez le problème central pour ce sujet, c’est-à-dire le paradoxe qui semble le plus important (cf. point méthode sur la problématisation).

Aidez-vous des exemples de problématiques que j’avais proposés il y a deux ans (cliquez sur le lien). Cela devrait vous être utile pour comprendre comment faire votre introduction.

Rédigez ensuite l’introduction (problème + annonce du plan).

IV – Indications supplémentaires

Voici les indications supplémentaires pour chaque partie :

A – La conscience semble être à première vue une condition du bonheur

Partez des idées suivantes : 1°) seuls des êtres conscients peuvent être dits heureux (analysez ici la notion de conscience), 2°) le bonheur est le bien suprême : pour y parvenir, il faut envisager notre vie de manière globale, dans tous ses aspects, et dans la durée, ce qui ne peut se faire sans conscience, 3°) le bonheur n’est pas le plaisir, il exprime un jugement que l’on porte sur sa vie, et cela n’est pas possible sans conscience.

Pensez à chaque fois à bien analyser dans le détail les idées que vous utilisez : vous ne pouvez pas dire par exemple que le bonheur est le bien suprême sans définir ce que signifie cette notion de bien suprême. Mais attention, il ne s’agit pas de recopier le cours. Il faut d’abord choisir dans le cours ce qui est pertinent dans le sujet (tout n’est pas utile pour ce sujet-là), et il faut absolument vous réapproprier les idées. De manière générale, le recopiage du cours ou le recopiage sur internet n’a aucun intérêt (et il sera d’ailleurs sévèrement sanctionné le cas échéant).

B – Mais la prise de conscience de la condition humaine semble faire de l’idéal du bonheur une illusion.

Pensez pour cette partie à ce que nous avons fait en cours sur Schopenhauer et sur Pascal. Attention, là encore le but n’est pas de recopier le cours : appropriez-vous les idées et sélectionnez seulement ce qui est utile pour le sujet.

C – Nous pouvons toutefois parvenir à un bonheur véritable si nous avons une conscience éthique de la valeur de notre vie.

Je mettrai prochainement ici des textes à lire pour pouvoir faire cette partie-là.

Cliquez ce lien pour accéder aux textes

Suivre les commetaires avec le flux RSS 2.0. Les commentaires et les pings sont actuellement fermés

65 Commentaires »

 
  • Matthieu dit :

    Monsieur, en lisant le plan que vous nous donnez, un problème m’est venu à l’esprit: il est toujours plus dur d’argumenter une thèse qui va à l’encontre de nos idées plutôt qu’une qui va dans le sens; c’est pourquoi j’aimerais vous soumettre un plan qui ressemblerait à l’opposé de ce que vous nous proposez:

    I) La conscience, au premier abord, parait être obstacle au bonheur.

    II) Mais, après plus de réflexions, pourquoi ne pourrions nous pas accéder au bonheur en nous servant de notre conscience et humanité comme guide?

    III) Mais au final, est ce le bonheur de chercher par des voies de réflexions et de pseudo sagesse le notre?

    En ayant conscience du léger penchant pessimiste de mes propos; je vous souhaite une bonne fin de weekend.

    • Cher Matthieu, votre proposition de plan semble tout à fait convenable (il faudrait simplement que vous précisiez le contenu de votre troisième partie pour que l’on comprenne bien la différence entre la première et la dernière partie).

      Malheureusement, je vais effectivement vous contraindre à conserver ma proposition de plan pour ce premier devoir. Je vous rassure : pour les prochains devoirs vous aurez quartier libre ! Je suis bien conscient que c’est un exercice qui peut sembler pénible. Mais il est très formateur. Il y a toutefois un problème que vous soulignez bien : je vous avais dit que la troisième partie doit correspondre à votre proposition et de manière générale, j’avais souligné que dans une dissertation il faut s’engager intellectuellement. Or dans ce premier devoir, je vous demande de faire semblant de soutenir une thèse qui n’est peut-être pas la vôtre. Comment s’engager intellectuellement dans une idée qui n’est pas la nôtre ? Vous marquez un point !

      Je n’ai de toute façon pas trouvé de solution parfaite pour le premier devoir, et je ne crois pas qu’il en existe. Soit je fais un devoir guidé, soit je fais un devoir où vous êtes complètement libre. Si le devoir est complètement libre, vous avez la possibilité de vous engager intellectuellement dans le sujet, mais la difficulté devient très importante et vous risquez de ne pas parvenir à construire un développement dans les formes (trois parties avec une progression d’une partie à une autre). Si le devoir est guidé, vous ne pouvez plus vraiment vous engager intellectuellement, mais la difficulté est réduite, votre développement est déjà globalement organisé, et dans votre travail vous n’avez plus qu’à vous concentrer sur la mise en œuvre précise dans chaque partie.
      Mon objectif pour le premier devoir est que vous compreniez comment dans l’ensemble un devoir de philosophie se construit. En faisant un devoir guidé, vous apprenez petit à petit ce qu’est une progression dans un devoir, en en suivant une (celle que je vous ai imposé).
      Je préfère que vous compreniez d’abord bien ce qu’est une progression (en suivant un modèle), avant que vous vous mettiez à en proposer une par vous-même. C’est un choix pédagogique que l’on peut discuter (et c’est d’ailleurs ce choix que je vais proposer à discussion à mes collèges dans un prochain billet (« Le premier devoir du jour (2) »)). N’hésitez pas à poster votre commentaire lors de la future discussion, pour donner votre avis en tant qu’élève !

  • maxime TS3 dit :

    bonjour monsieur, j’ai un problème, je n’arrive pas a définir la conscience ce qui est tout de meme tres important pour ce devoir. pourriez vous m’aider sur ce point? merci d’avance

    • Cher Maxime, tout d’abord je me suis permis de supprimer un message qui faisait doublon avec celui-là (vous aviez envoyé le même message, avec quelques éléments en moins).

      Pour définir une notion de manière générale, il faut d’abord transformer la notion abstraite en quelque chose de plus concret. Essayez de trouver des expressions et des situations dans lesquelles on utilise la notion. Pour la conscience : partez des expressions « prendre conscience de … », « avoir conscience de … », « avoir conscience que … », « être conscient ». À chaque fois essayez de comprendre la signification de vos exemples. Voyez comment l’expression s’utilise, mais aussi quand elle ne s’utilise pas. Par exemple, pour le bonheur, peut-on dire d’une pierre qu’elle est heureuse ? Tirez-en une conséquence.

      Il faut ensuite parvenir à situer la notion par rapport à d’autres notions. Partez pour cela des termes qui sont proches et des termes associés. Partez également des termes qui sont différents, voire contraires, opposés. Par exemple, distinguez le fait d’être conscient du fait d’être inconscient, distinguez le bonheur et le plaisir. Voyez si vous pouvez utiliser une distinction conceptuelle pour comprendre la notion, et éventuellement pour distinguer plusieurs sens de cette notion. Par exemple, dans le cours, pour comprendre la notion de vie bonne, nous avons fait intervenir plusieurs distinctions conceptuelles.

      Attention, il y deux écueils à éviter.
      - n’en restez pas à de simples synonymes. Dire qu’être conscient c’est se rendre compte de quelque chose, dire que le bonheur c’est d’être heureux, c’est simplement donner un synonyme, ce n’est pas définir. Définir une notion, c’est chercher, à partir de l’analyse d’exemples, de caractériser cette notion en expliquant les liens qu’il y a entre cette notion et d’autres idées.
      - n’en restez pas à ce que dit le dictionnaire. Vous pouvez bien sûr vous aider du dictionnaire (il y a en ligne un excellent dictionnaire, créé par le CNRS : http://www.cnrtl.fr/definition/ [vous pouvez aussi chercher des synonymes, des antonymes, des exemples d'usage, ...]). Toutefois, le dictionnaire présente des définitions figées, alors que le but est que vous construisiez par vous-même une définition. Il ne faut donc absolument par recopier (ou paraphraser) une définition du dictionnaire. De plus, une définition dans un dictionnaire a simplement pour but d’expliquer l’usage d’un terme dans une langue, alors qu’une définition en philosophie doit être faite dans un but philosophique : soit pour dégager un problème, soit pour construire un argument.

      Comme vous l’avez remarqué, je ne vous ai pas donné de définition de la conscience, mais plutôt un moyen pour parvenir par vous-même à construire une définition. Si ce n’est pas encore assez clair, reposez-moi une question.

  • Matthieu dit :

    je comprend tout a fait ce choix, que je trouve par ailleurs très pédagogique; je n’hésiterai donc pas a le soutenir dans la discutions avec vos collègue.
    « progressif; quitte a terminer un peut plus haut que prévu » très formateur.
    Quant à la question « Comment s’engager intellectuellement dans une idée qui n’est pas la nôtre? » la réponse peut être dans le fait que s’engager dans plusieurs cause n’est au fond que les argumenter, donc les comprendre, et de choisir celle qu’on trouve la plus développée, cela pourrai peut être un moyen d’accéder a une certaine objectivité… enfin ce n’est pas le sujet.
    en vous remerciant

  • Yvon dit :

    Bonjour,
    J’avais déjà préparé un plan dont les deux premières parties correspondaient tout à fait à celui-ci, pas besoin donc de le changer et c’est tant mieux puisque comme l’a dit Matthieu, il est toujours plus facile de défendre une thèse qui va dans le sens de nos idées… Je n’avais pas trouvé de troisième partie et je ne comprend pas vraiment celle là. Est-ce qu’on doit ici réfuter les arguments de Schopenhauer ? Proposer de nouveaux chemins pour accèder au bonheur sans passer par son cercle vicieux ? Trouver une conscience éthique de sa vie, est-ce trouver une raison à sa vie ? Par la religion par exemple ?

    • Bonsoir Yvon, je viens de mettre en ligne les textes qui vont vous servir de support pour cette troisième partie. J’espère que vous trouverez ainsi une réponse à vos questions. Si ce n’est pas le cas, revenez à la charge !

  • Pascal G. dit :

    « Faire semblant de soutenir une thèse qui n’est pas la vôtre » : l’amical collègue que je suis trouve que tu es très bienveillant : car comment savoir que ce n’est pas la nôtre AVANT d’avoir cherché à la soutenir ? Si nos jugements étaient toujours conformes à nos opinions, ce ne serait pas la peine de faire de la philo.
    La suite de ce message relève plus de la partie « Recherche »

    C’est justement ce que je suis en train de faire avec ton fameux utilitarisme… mais par manque de chance, ce sont les objections qui me semblent les plus convaincantes. Celle-là n’est pas mal :
    « Si les utilités des individus étaient des quantités homogènes, et que, par conséquent, on pût les comparer et les additionner, notre étude ne serait pas difficile, au moins théoriquement. On additionnerait les utilités des divers individus, et l’on aurait l’utilité de la collectivité constituée par eux. Nous reviendrions ainsi aux problèmes déjà étudiés. Mais les choses ne vont pas si facilement. Les utilités des divers individus sont des quantités hétérogènes, et parler d’une somme de ces quantités n’a aucun sens ; il n’y en a pas : on ne peut l’envisager. »
    (Pareto, Traité de sociologie générale, § 2126)
    Mon jugement risque de rester conforme à mon opinion… mais j’aurai essayé !
    • Salut Pascal ! Ta remarque est pertinente : j’aurais dû ajouter « qui n’est pas intuitivement la vôtre ». Tout comme toi, je fais bien la différence entre jugement et opinion (cf. la séquence d’introduction à la philosophie). Je voulais juste souligner un risque possible des devoirs guidés.

      Le risque est, il me semble, de prendre la dissertation simplement comme un jeu intellectuel et formel (faisons semblant de défendre telle idée puis telle idée), alors qu’il faut être animé par un souci de recherche d’une réponse (je dis même à mes élèves : de recherche de la vérité, mais je pense que tu ne seras pas d’accord sur ce point !).

      La suite de ce message relève plus de la partie « Recherche »

      À propos de l’utilitarisme, ce n’est chez moi qu’une référence que j’utilise souvent. Ton expression « ton fameux utilitarisme » pourrait faire penser que je suis utilitariste, alors que je ne pense pas l’être !

      Le texte de Pareto que tu cites est très intéressant, mais l’utilitarisme peut répondre de deux manières à cette objection :

      • 1°) L’objection en question ne porte que sur l’utilitarisme cardinal, qui voudrait mesurer les utilités des individus (pour pouvoir ensuite « les comparer et les additionner »), elle ne porte pas sur l’utilitarisme ordinal, qui ne prend pour base que les préférences des individus. Mais l’utilitarisme ordinal pose d’autres problèmes : comment définir une fonction de choix social simplement à partir de cette base ? Est-ce seulement possible (cf. le paradoxe de Condorcet dans le cadre du vote, le théorème d’impossibilité d’Arrow) ?
      • Remarque annexe : ne serait-ce pas un contresens de prendre Pareto comme exemple d’antiutilitarisme ? L’utilitarisme ordinal se fonde en effet justement sur la notion de pareto-optimalité. Mais est-ce que Pareto lui-même était un utilitariste ordinal, j’avoue n’en savoir rien ?
      • 2°) le texte de Pareto énonce ce que l’on appelle l’impossibilité des comparaisons interpersonnelles : on ne pourrait pas comparer les fonctions d’utilités des individus. Mais les comparaisons interpersonnelles d’utilité sont-elles vraiment impossibles ? L’utilitarisme a ici proposé plusieurs stratégies de défense. J’ai quelques références assez vagues en tête (Harsanyi, Kolm). Je ne m’en souviens plus très bien, mais je sais que la question est relativement complexe (on ne peut pas simplement en rester à l’intuition d’une impossibilité de comparer les fonctions d’utilité).
      • Pascal G. dit :

        Hello,
        La suite de ce message relève plus de la partie « Recherche »

        Voilà que je me fais taxer de contresens sous prétexte que je ne lis pas Pareto comme un économiste néoclassique. Flûte alors. A ce compte-là, je fais beaucoup de contresens sur Menger…!
        Bon, plus sérieusement, la différence entre utilitarisme ordinal et cardinal est effectivement la clé. Pour le béotien de l’utilitarisme que je suis, utilitarisme est synonyme de « somme de bonheur global(e) », posé comme but de la société. Or le fait est que, chez Pareto, aucune de ces deux expressions n’a de sens.

        1) Le but de la société, comme n’importe quel but final, n’est pas accessible par une méthode logico-expérimentale. Le but de la société, c’est ce que l’observateur de la société en fait (même pas la société elle-même, qui n’est pas une personne). Donc le but de la société, i.e. le critère de l’utilité sociale entendue comme utilité DE la société, peut ausi bien être la puissance militaire qu’autre chose.

        2) On peut certes admettre que l’utilité sociale peut être entendue comme utilité POUR la société ; et dans ce cas cette utilité peut être évaluée en fonction de sa capacité à satisfaire les individus en fonction de leurs propres critères de l’utilité. Le critère est alors la satisfaction de l’individu (qui en est seul juge).

        Mais alors, ne peut-on pas « additionner » les satisfactions individuelles ? Justement, pour Pareto, non.
        On peut effectivement comparer deux sociétés et dire que l’une est plus rationnelle qu’une autre, si dans la seconde chaque individu est identiquement satisfait à ce qu’il est dans la première, mais que quelques individus sont moins satisfaits. C’est l’idée d’optimalité à la Pareto : tant qu’un individu pourrait être plus satisfait qu’il ne l’est sans qu’un autre soit moins satisfait qu’il ne l’est, on doit chercher à améliorer le système.

        Mais cela n’implique pas du tout qu’on puisse calculer la somme globale de satisfaction. Pour Pareto, il n’y a aucun sens à vouloir comparer les utilités de deux individus. Chaque individu peut attribuer des coefficients de pondération à ses intérêts (les classer : conception ordinale)et dans cette mesure on peut bien les « quantifier » en leur faisant correspondre des données numériques qui permettent de les classer ENTRE EUX. par exemple : « estime de soi » vaut 4, « bien-être corporel » vaut 8, « reconnaissance sociale » vaut 6, etc. Mais cette quantification n’a de sens que pour l’individu : son seul sens est de comparer les utilités pour un individu. Pour faire simple, On pourrait donc multiplier tous les coefficients par deux, et ça ne changerait rien.
        Par contre, il est impossible de comparer les utilités d’individus différents : c’est impossible ! Parce que le référentiel de mesure est différent. Rien ne nous permet de comparer le « 2″ d’un système et le « 3″ d’un autre système. Pareto est catégorique : le caractère ordinal, non cardinal de l’utilité rend impossible toute plongée des utilités individuelles dans un espace homogène. L’individu est seul juge de sa satisfaction, il n’y a pas de mesure « objective » de sa satisfaction. Et donc pas de sens à une « somme globale » de la satisfaction.
        Par ailleurs, comme le critère de mesure de la satisfaction d’un individu, pour Pareto, c’est un fait observable (les choix effectifs de l’individu se confondent, pour l’observateur, avec ses préférences), il faut qu’il ait déjà choisi pour que l’on puisse tenter de déterminer ses préférences… qui sont susceptibles de changer.

        Donc, si on admet 1) que l’utilitarisme ne suppose pas de fixer un critère de l’utilité d’une société, et 2) que l’utilitarisme peut évacuer toute idée de somme globale de satisfaction, alors oui, la doctrine de Pareto peut être conciliée avec l’utilitarisme…

        • Attention Pascal
          La suite de ce message relève plus de la partie « Recherche »

          Je ne t’ai pas taxé de contresens, relis-moi bien ! J’ai simplement dit qu’il était possible que ce soit un contresens. Je n’ai pas lu Pareto, et je ne me serais pas permis de dire quelle est la bonne lecture qu’il faut avoir de Pareto. J’ai juste émis un doute sur ta lecture. Doute que d’ailleurs tu concèdes, puisque tu reconnais que la doctrine de Pareto peut être conciliée avec l’utilitarisme.

          Je comprends cependant que tu assimiles à première vue l’utilitarisme et l’idée de « somme de bonheur global ». C’est bel et bien ainsi que se conçoit l’utilitarisme classique, notamment dans la formulation que lui donne Bentham.
          Toutefois on peut comprendre de manière plus générale l’utilitarisme comme posant la maximisation de l’utilité comme finalité .
          Cela permet de subsumer sous une même catégorie les différentes variantes de l’utilitarisme. On a en effet deux axes de différenciation :
          — L’utilité désigne soit un degré de plaisir et de souffrance (utilitarisme hédoniste), soit un degré de conformité avec ses préférences (utilitarisme de la préférence).
          — La maximisation a soit un sens cardinal (rechercher la plus grande quantité après addition des mesures individuelles de l’utilité), soit un sens ordinal (rechercher l’option préférée à partir des classements individuels exprimant l’utilité de chacun).
          [Remarque : en ce sens, l'utilitarisme de Bentham est un utilitarisme hédoniste cardinal.]

          Pour revenir à Pareto, je ne vois pas où tu trouves dans les textes de Pareto une justification à ton analyse de la notion d’utilité DE la société. Plus précisément, tu relativises l’utilité de la société à « ce que l’observateur de la société en fait », et cela me semble incorrect.
          Pareto utilise trois exemples pour faire comprendre la distinction entre utilité de la collectivité et utilité pour la collectivité (ça y est, je commence à lire Pareto ! Merci Pascal !! Comme si je n’avais que ça à faire ;>), et aucun de ces exemples ne semble correspondre à ce que tu affirmes (Traité de sociologie générale, §2134-2136).
          — Pareto affirme tout d’abord que « si l’on fixe son attention sur l’utilité de la collectivité, il sera bon, surtout pour sa puissance militaire et politique, de pousser la population jusqu’à la limite, assez élevée, au delà de laquelle la nation s’appauvrirait et la race tomberait en décadence ». Pareto affirme ici que, du point de vue de l’utilité de la collectivité, une grande population est un bien, parce que cela renforce sa puissance militaire et politique.
          — Ensuite, Pareto affirme que du point de vue de l’utilité de la collectivité, c’est plutôt la richesse globale, plutôt que la répartition des richesses qui importe.
          — Enfin, Pareto envisage la théorie selon laquelle l’esclavage fut une condition nécessaire du progrès social, et il affirme que si cette théorie est vraie, alors on peut affirmer, du point de vue de l’utilité de la collectivité, que l’esclavage a été utile.
          Je réitère ma question : où vois-tu, dans ces exemples, l’idée d’un observateur qui décide ce qu’est l’utilité de la collectivité ? J’ai l’impression au contraire que la notion d’utilité de la collectivité prétend renvoyer à une description objective. S’il fallait proposer une définition, je ferais la tentative suivante :
          L’utilité de la collectivité, c’est ce qui est bien pour la collectivité en tant que groupe, c’est-à-dire ce qui permet l’existence, la puissance et le développement de cette collectivité, sans considérer les individus particuliers qui la composent.
          Cette définition est en adéquation il me semble avec les exemples de Pareto. La population, la richesse globale d’une collectivité permettent de mesurer sa puissance et sa capacité à se maintenir dans l’existence. Quant à l’esclavage, il est envisagé ici comme une condition du progrès, du développement d’une société.
          À propos de l’idée d’utilité POUR la société, je suis en revanche à peu près d’accord avec ce que tu dis. L’utilité pour la collectivité, c’est bien ce qui est globalement utile pour les individus qui composent cette collectivité. Mais justement, je crois que la distinction entre l’utilité de et l’utilité pour se fonde sur les deux manières que l’on peut avoir de considérer une collectivité. On peut considérer une collectivité comme une unité à part entière, ou bien comme composée d’une multiplicité d’individus. Dans un cas on a l’utilité de la collectivité : ce qui est bien pour la collectivité en tant qu’unité, indépendamment des individus particuliers qui la constituent. Dans l’autre cas, on a l’utilité pour la collectivité : ce qui est bien pour les individus particuliers qui constituent cette collectivité.
          Si cette manière de concevoir cette distinction est la bonne, il est à nouveau inutile et incorrect de faire intervenir l’idée d’un observateur qui décide ce qu’est l’utilité de la société.

          Je précise que mes remarques sont à prendre avec précaution. Je suis un tout récent lecteur de Pareto !

          Un dernier commentaire : tu écris ceci : « Mais alors, ne peut-on pas « additionner » les satisfactions individuelles ? Justement, pour Pareto, non. »
          Il faut en fait nuancer ce jugement (même si la nuance, je te l’accorde, est ténue).
          D’une part, il ne s’agit pas d’une impossibilité absolue. Pareto affirme simplement que « très souvent », il est impossible de faire une telle addition. Cf. cet extrait :
          « De là nous devons conclure, non pas qu’il est impossible de résoudre des problèmes qui considèrent en même temps différentes utilités hétérogènes, mais bien que, pour traiter de ces utilités hétérogènes, il faut admettre quelque hypothèse qui les rende comparables. Lorsque cette hypothèse fait défaut, ce qui arrive très souvent, traiter de ces problèmes est absolument vain ; c’est simplement une dérivation dont ou recouvre certains sentiments, sur lesquels seuls, par conséquent, nous devrons fixer notre attention, sans trop nous soucier de leur enveloppe. » (Ibid., §2137).

          D’autre part, même si Pareto affirme qu’en économie pure, une telle addition n’a pas de sens, il reconnaît qu’elles sont implicitement effectuées dans la pratique :

          « Lorsque, par exemple, [l'autorité publique] met en prison le voleur, elle compare les souffrances qu’elle lui impose avec l’utilité qui en résulte pour les honnêtes gens, et elle estime grosso modo que cette utilité compense au moins ces souffrances ; autrement, elle laisserait courir le voleur. Pour abréger, nous n’avons comparé ici que deux utilités ; mais il va sans dire que, tant bien que mal, et souvent plutôt mal que bien, l’autorité compare toutes les utilités dont elle peut avoir connaissance. En somme, elle accomplit grossièrement l’opération que l’économie pure effectue avec rigueur, et, au moyen de certains coefficients, elle rend homogènes des quantités hétérogènes. Cela fait, on peut additionner les quantités obtenues et déterminer, par conséquent, des points du genre P. » (Ibid., §2131 ; cf. §2128-2129 à propos des points P)

          Le jugement de Pareto est bien sûr très prudent : ce type d’addition est fait « souvent plutôt mal que bien », et en note, il écrit que « comme d’habitude, on fait cette comparaison au moyen de dérivations, en opposant des buts idéaux plutôt que des positions réelles. » (si j’ai bien compris, une dérivation est une sorte de moyen utilisé pour justifier, rationaliser quelque chose qui ne relève en fait pas de la logique, du rationnel).
          Le texte ne me semble pas exclure absolument la possibilité de fonder plus objectivement de telles comparaisons.

          Qu’est-ce que tu en dis en tant que lecteur plus expérimenté de Pareto ?

          • Pascal G dit :

            Hello,
            La suite de ce message relève plus de la partie « Recherche »

            Le « lecteur expérimenté » dit que tu as raison de dire que ma lecture de Pareto est un chouia orientée (cela dit, tu connais assez bien ma façon de faire parler les auteurs pour ne pas être trop surpris…) Plus exactement, elle est influencée par la lecture qu’en fait Aron.

            Mais je réponds pourtant qu’en lecteur désinvolte mais néanmoins attentif, je peux opposer à ton questionnement final, fondé sur un texte qui semble laisser subsister un doute, mon premier texte, qui est bien de Pareto et qui est catégorique :

            « Les utilités des divers individus sont des quantités hétérogènes, et parler d’une somme de ces quantités n’a aucun sens ; il n’y en a pas : on ne peut l’envisager. »
            (Pareto, Traité de sociologie générale, § 2126)

            Bon : si une porte semblait entrouverte… la voilà refermée !

            Est-ce que cela empêche de glisser un coin dans la théorie de Pareto, et de dire que, somme toute, cela n’empêcherait pas de donner un sens à l’idée d’utilité DE la société, même s’il ne s’agit pas d’une somme ? En fait (je concède, je concède), tu as raison sur ce point dans la mesure où il arrive bel et bien à Pareto de parler d’utilité DE la société.

            Mais justement, dans la mesure où cette utilité collective n’est pas mesurable à l’aune des utilités individuelles (qui ne sont pas additionnables, donc), c’est que celui qui parle a introduit un critère qui fait apparaître le référentiel. Je reprends ta propre citation : « « De là nous devons conclure, non pas qu’il est impossible de résoudre des problèmes qui considèrent en même temps différentes utilités hétérogènes, mais bien que, pour traiter de ces utilités hétérogènes, il faut admettre quelque hypothèse qui les rende comparables. » Il faut admettre quelque hypothèse qui les rende comparables : c’est-à-dire une hypothèse non démontrable par la méthode logico-expérimentale ; bref, un critère arbitrairement choisi. Cela peut-être la puissance militaire, le rayonnement économique, la sécurité…

            A mon avis ce point est important, parce que c’est précisément ce qui permet de briser le lien entre l’intérêt individuel et l’intérêt « de » la société. Pour Pareto, il est impossible de construire un pont strictement théorique entre l’intérêt de l’individu et celui de la société ; en elles-mêmes, ces notions s’opposent. Et si on veut les relier, il faut toujours introduire par nous-même un critère qui institue l’espace homogène englobant. En lui-même, il n’existe pas. Il y a une citation du Cours d’économie politique qui illustre bien cette idée :

            « L’ophélimité, l’utilité de l’individu, l’utilité de l’agrégat ou de l’espèce sont des entités qui s’opposent l’une à l’autre et qui sont, pour le moment irréductibles. Si l’on se pose le problème : en quelle proportion un individu doit combiner sa propre ophélimité, son utilité, l’utilité de son agrégat, on s’aperçoit de suite que l’énoncé n’est pas complet. Il faut ajouter : pour atteindre tel ou tel but » (p. 405).

            Ceci est en continuité avec ce que l’on pourrait appeler le « nominalisme » social de Pareto. Pour lui « la société » n’est pas une entité réelle ; elle n’a pas « en elle-même » d’intérêt, puisqu’elle n’existe comme unité que par le regard d’un observateur qui l’institue comme « ensemble ». La société ne peut pas être considérée comme une personne : elle ne s’unifie que par le regard de celui qui la conçoit en tant qu’entité unique ; c’est ce qui fonde épistémologiquement l’idée selon laquelle l’intérêt DE la société, c’est l’intérêt que projette l’observateur-unificateur sur le collectif. Ceci me semble justifier un regard précautionneux sur ta proposition : « On peut considérer une collectivité comme une unité à part entière, ou bien comme composée d’une multiplicité d’individus. Dans un cas on a l’utilité de la collectivité : ce qui est bien pour la collectivité en tant qu’unité, indépendamment des individus particuliers qui la constituent. » Oui, on peut la considérer comme ; mais elle n’existe pas, en tant qu’unité, sans cette « considération »… pas plus que son « utilité ».

            Ce nominalisme est omniprésent chez Pareto, qui l’utilise comme arme pour détruire l’idée même de classe : « la tendance à personnifier les abstractions, ou même seulement à leur donner une réalité objective, est telle que beaucoup de personnes se représentent la classe gouvernante presque comme une personne, ou au moins comme une unité concrète, qu’ils lui supposent une volonté unique, et croient qu’en prenant des mesures logiques, elle réalise les programmes. C’est ainsi que beaucoup d’antisémites se représentent les Sémites, beaucoup de socialistes les bourgeois. » (§ 2254)

            Pour Pareto, d’un point de vue strictement logique il n’y a qu’une seule façon de considérer « la » société : celle que tu proposes comme alternative, qui la comprend comme ensemble d’individus. C’est l’extensionalisme à la mode Pareto. On en retrouve des traces un peu partout, même dans sa défiance à l’égard des concepts sociaux traditionnels, qui risquent toujours de faire croire qu’ils correspondent à des réalités objectives. Le philosophe analytique que tu es goûtera, j’en suis sûr, le passage suivant : « Formons donc une classe de ceux qui ont les indices les plus élevés dans la branche où ils déploient leur activité, et donnons à cette classe le nom d’élite. Tout autre nom et même une simple lettre de l’alphabet seraient également propres au but que nous nous proposons. » (§ 2031)

            La société n’a pas, en tant qu’unité, de réalité objective ; son utilité « de » société n’a donc pas non plus de réalité objective : elle n’en a que si l’observateur l’institue en tant que corps, cette unification étant elle-même liée à la projection d’une finalité sociale. En d’autres termes, l’utilité « de » la société, puisqu’elle n’est pas objective, reste toujours…. subjective !

  • Yvon dit :

    La suite de ce message relève plus de la partie « Recherche »

    « On peut effectivement comparer deux sociétés et dire que l’une est plus rationnelle qu’une autre, si dans la seconde chaque individu est identiquement satisfait à ce qu’il est dans la première, mais que quelques individus sont moins satisfaits. » Si l’on acccepte l’hypothèse d’au moins deux sociétés pour lesquelles cette phrase se vérifie, cela implique-t-il qu’il existe UNE meilleure société ? Un modèle parfait où chaque individu jugerait son niveau de satisfaction plus élevé (satisfaction maximale) que dans tous les autres modèles ? Au contraire, est-il envisageable de croire que les niveaux de satisfactions (imcomparables entre les individus si j’en crois l’argumentation ci-dessus) dans tous les modèles de société s’équilibrent au point que la somme de satisfaction de chaque société soit toujours égale ? Je lis plus haut qu’il est impossible selon Pareto de faire la somme globale de la satisfaction des individus dans une société, mais si chaque individu, après avoir testé chaque société, donnait son avis et jugeait l’écart de satisfaction entre les deux modèles, ne pourrait-on pas réaliser un calcul plutôt représentatif de la vérité. La somme serait plus précise si les individus se mettaient au préalable d’accord sur une satisfaction maximale et minimale par exemple… Ils auraient alors une échelle les différentes valeurs pounr une « même » satisfaction seraient alors plus proche. En ce sens, on pourrait classer les sociétés les une par rapport aux autres sans avoir à passer par le modèle expliqué par la toute première citation de Pascal G. J’espère m’être exprimé assez clairement et de façon assez organisée, ce qui n’est pas dit :) .
    • Pascal G dit :

      Bonsoir Yvon,
      La suite de ce message relève plus de la partie « Recherche »

      Il me semble que ton argument pose un problème que j’appellerais le « problème des deux tableaux ». D’un côté tu essayes de garder le caractère « individuel » de l’appréciation de la satisfaction, en affirmant que c’est l’individu lui-même qui évaluerait les écarts entre les satisfactions éprouvées dans les différents mondes possibles. Mais d’autre part, tu cherches à intégrer un « espace homogène de mesure » en introduisant l’idée d’un référentiel permettant de comparer des satisfactions individuelles.

      Il y a deux façons de comprendre cet argument : soit il s’agit d’une comparaison réelle, et l’individu « essaye » successivement plusieurs sociétés. Dans ce cas, le problème fondamental de l’utilitarisme disparaît, car la seule chose que l’on pourra en déduire de l’expérience, c’est la société dans laquelle l’individu a préféré séjourné. Et même si 40 000 personnes ont préféré la démocratie et une a préféré la dictature totalitaire, ça ne permettra toujours pas de dire quelle est la société la meilleure, puisqu’on ne peut pas comparer la satisfaction du 40 001eme et celle des 40 000 autres. Pour Pareto, ça n’a pas de sens.

      La seconde façon de comprendre l’argument est de le comprendre de façon modale. Elle est plus intéressante, mais en dernière analyse l’argument a encore le c… entre deux mondes (désolé Cédric, je reformulerai si tu me le demandes). L’individu devrait donc comparer ses différentes satisfactions globales dans plusieurs mondes possibles, et classer les mondes par ordre de préférence. Il y aurait donc bien l’idée de « somme globale de satisfaction » (pour un individu, dans un monde) et une possibilité de comparer ces sommes globales en les plongeant dans un espace homogène (la conscience de l’individu lui-même, inter-monde).

      Mais à mon avis ça ne change rien : car alors on se retrouve avec des grilles de classement des mondes possibles… qui sont toujours incomparables entre elles !
      Ce pourquoi tu es obligé de rapatrier en fin d’argument l’idée d’un « accord commun sur une satisfaction minimale et maximale ». Ce qui, semble-t-il revient à introduire l’idée d’espace homogène de mesure des satisfactions… et donc d’évacuer le problème (c’est-à-dire en fait : de le supposer résolu). Si les individus ont une « échelle » de valeurs… c’est que l’espace homogène de mesure est déjà là !
      Je ne peux pas plus comparer ma satisfaction et ta satisfaction que je ne peux comparer ma douleur et ta douleur. Peut-être que quand tu dis « j’ai un peu mal », tu ressens ce que je ressens quand, moi, je m’exclame « c’est atroce, je souffre ! ». On ne le saura jamais. Comment se mettre d’accord sur une « douleur minimale »?

      Ce n’est pas seulement l’Etat qui ne peut pas comparer les satisfactions : les individus non plus ne peuvent pas comparer leurs satisfactions respectives. La seule personne qui le pourrait, c’est Dieu.

      Et rien ne nous dit que Dieu soit utilitariste.

      • Yvon dit :

        La suite de ce message relève plus de la partie « Recherche »

        Et rien ne nous dit que Dieu existe non ? En tout cas, merci pour ces réponses, c’est plus clair maintenant. (Je ne sais pas si je dois prendre cette cloture sur l’existence de Dieu comme une invitation à une transition ^^). Autre chose, pour revenir sur le problème de l’échelle, je trouve que l’exemple de la douleur n’est pas très bien choisi puisque la « quantité de douleur » que peut ressentir un individu est, il me semble, plutôt bornée. Lorsqu’il n’y a pas de douleur, on ne peut pas en avoir encore moins et je pense qu’il doit y avoir une limite au dela de laquelle la douleur ne peut pas être pire (perte de conscience par exemple). Penser qu’il n’y a pas de seuil maximal de douleur est une idée plutôt effrayante non ? Je ne dis pas que c’est le cas pour la satisfaction, mais pourquoi pas ?
  • Pascal G dit :

    Hello,

    La question d’absence de douleur pose le problème de la douleur O. Or ce problème est loin d’être évident. Pour Epicure, l’absence totale de douleurs s’appelle… le bonheur absolu !
    Et pour ce qui est du seuil de douleur supportable, il ne résout pas non plus le problème : puisque rien ne peut venir nous permettre de comparer les seuils individuels de douleur « insoutenables » !
    Pour prendre un exemple simple, on sait que les hommes préhistoriques devaient souffrir de maux dentaires qui seraient passablement insupportables pour un homme d’aujourd’hui. Question : supportaient-ils mieux la douleur ou souffraient-ils moins ?

    Comment pourrait-on le savoir !

    • La suite de ce message relève plus de la partie « Recherche »

      Je crois qu’il y a tout simplement une réfutation pratique à l’idée qu’on ne peut pas comparer les douleurs, mais dont le fondement théorique est difficile à établir. L’argument pourrait se formuler ainsi :

      (1) Nous traitons différemment une personne qui s’est fait une petite coupure sur le doigt et une personne qui souffre de colique néphrétique.
      (2) L’attitude que nous adoptons dans le cas (1) est légitime.
      (3) S’il est impossible de comparer la douleur des individus, alors l’attitude que nous adoptons dans le cas (1) n’a pas de sens et n’est donc pas légitime.
      Conclusion : il n’est pas impossible de comparer la douleur des individus.

      Quel est le fondement théorique à la possibilité de comparer la douleur des invididus ?
      Avant tout, je crois qu’il faut d’abord s’attaquer au prétendu fondement théorique de l’impossibilité d’une comparaison. En effet, l’idée qu’on ne pourrait pas comparer les douleurs me semble prisonnière de deux conceptions :

      1°) d’une part d’une conception de l’esprit dualiste (la douleur fait partie du domaine des qualia, c’est-à-dire des sensations privées, incommunicables qui existent seulement dans la conscience, dans un esprit)

      2°) et d’autre part d’une épistémologie internaliste et infaillibiliste (le savoir suppose l’accès par soi-même à des preuves, le savoir requiert la certitude).

      Si au contraire, on sort la douleur du cadre des qualia et qu’on affirme que douleurs, causes de douleur et comportements de douleur forment un tout indissociable (dans une perspective fonctionnaliste), alors on peut s’autoriser à comparer les douleurs, en fonction des comportements et des causes de douleurs.

      De même, si on ne requiert plus la certitude et l’accès à des données internes à l’esprit, on peut justifier une forme de savoir dans le cas des comparaisons entre douleurs. Ce savoir serait faillible (on ne peut être absolument certain) et la justification pourrait être externe (par exemple si elle repose sur une identité entre états neuronaux à laquelle nous n’avons pas accès).

      Je n’ai pas le temps de développer, mais je pense qu’il faudrait aussi s’intéresser aux méthodes qu’utilisent les médecins pour chercher à mesurer la douleur, notamment en pédiatrie.

  • Mathilde TS1 dit :

    Bonsoir,
    Voilà j’ai du mal à trouver un problème pour la deuxième partie, je me demandais s’il n’était pas hors-sujet de partir dans l’idée que la souffrance humaine permettrait justement d’atteindre un bonheur plus véritable… en effet, si un individu a connu la mort, la maladie, ect… il pourrait alors atteindre le bonheur de manière plus intense qu’un individu n’ayant jamais souffert, cela rejoint un peu l’idée d’Epicure, les individus ayant souffert jouiront de plaisirs naturels nécessaires alors que les individus ayant mener une existence confortable considéreront ses désirs comme acquis et viseront les désirs vains, selon Epicure (les désirs ni naturels ni nécessaires) dans ce cas là, cela nous amène à penser que la première catégorie d’individus peut accéder à un bonheur véritable. J’ai conscience que cela est un peu hors-sujet, je ne sais pas trop comment lier la conscience à cela, mais en partant de là, je démarque deux sortes de conditions humaines (confortable et misérable) et deux sortes de bonheurs (le bonheur illusoire fondé sur des désirs vains ou comme cité dans votre grand II « L’idéal du bonheur » (un peu dans l’idée du stéréotype de la pub. Dior), et le bonheur véritable selon Epicure)… voilà, j’espère avoir été un minimum claire, merci de m’éclairer.

    • Bonsoir Mathilde, j’essaie de répondre ci-dessous à votre message.

      1°)

      « Voilà j’ai du mal à trouver un problème pour la deuxième partie, je me demandais s’il n’était pas hors-sujet de partir dans l’idée que la souffrance humaine permettrait justement d’atteindre un bonheur plus véritable… »

      Avant tout, souvenez-vous que le but dans chaque partie est d’essayer de répondre à la question posée. Il ne s’agit donc pas de « trouver un problème pour la deuxième partie », mais plutôt de proposer une solution.
      D’autre part, le devoir est guidé, et dans la deuxième partie le but est de montrer que la prise de conscience de la condition humaine semble rendre l’idéal du bonheur illusoire. Or j’ai l’impression que vous voudriez expliquer au contraire dans la deuxième partie comment on pourrait atteindre un bonheur véritable, malgré la mort, la souffrance, etc. Ce type d’idée correspond plutôt, dans le devoir guidé, à la troisième partie. Dans ce cas, oui, vous pouvez utiliser l’idée que vous avez eue, mais en troisième partie, pas en deuxième partie.

      2°)

      « si un individu a connu la mort, la maladie, etc., il pourrait alors atteindre le bonheur de manière plus intense qu’un individu n’ayant jamais souffert, cela rejoint un peu l’idée d’Epicure, les individus ayant souffert jouiront de plaisirs naturels nécessaires alors que les individus ayant menés une existence confortable considéreront ces désirs comme acquis et viseront les désirs vains, selon Epicure (les désirs ni naturels ni nécessaires) »

      Vous semblez dire que l’expérience de la mort, de la maladie, etc. nous recentre vers ce qu’il y a de l’essentiel dans la vie, et nous fait nous détourner de ce qui est futile, vain. C’est une idée pertinente, que vous pouvez utiliser dans votre devoir. Mais il ne faudrait pas directement l’attribuer à Épicure. Il n’y a pas en effet cette idée-là chez Épicure, même si je comprends bien pourquoi vous avez fait le rapprochement avec cet auteur (à partir de l’opposition entre ce qui est essentiel et ce qui est vain). Toutefois, même si l’idée n’est pas chez Épicure, vous pouvez après avoir développé votre idée (l’expérience de la mort, de la maladie nous recentre sur l’essentiel), utiliser Épicure pour analyser ce qu’est une vie centrée sur l’essentiel.

      3°)

      « en partant de là, je démarque deux sortes de conditions humaines (confortable et misérable) et deux sortes de bonheurs (le bonheur illusoire fondé sur des désirs vains ou comme cité dans votre grand II « L’idéal du bonheur » (un peu dans l’idée du stéréotype de la pub. Dior), et le bonheur véritable selon Epicure) »

      Je trouve pour le moment un tout petit maladroit l’idée de parler d’une condition humaine « confortable ». Il faudrait que vous précisiez vos idées pour que je comprenne de quoi vous parlez. De manière générale, évitez cette référence au « confort » (cela mène souvent dans les copies à des développements vagues et peu intéressants).
      En revanche vous avez bien repéré cette opposition entre bonheur illusoire et bonheur véritable, et les références dans le cours qui permettent de penser cette opposition.

      Bon courage ! J’espère que ces quelques remarques vous aideront.

  • Yvon dit :

    Pascal, effectivement il semble que les seuils de douleur insoutenable chez les hommes puissent varier, mais je crois que la douleur provient d’un message nerveux qui résulte lui-même d’un stimulus à un endroit donné du corps. Le message nerveux arrive ensuite au cerveau et je crois que c’est là qu’il est analysé dans la plupart des cas. Tout ça pour dire que la douleur, par opposition au bonheur, me semble être un ressenti plus court, plus immédiat et moins diffus (je me coince la main dans la porte par exemple). Pour être plus clair, je dirai que la douleur (je parle ici de douleur physique) est au malheur ce que le plaisir est au bonheur. Cependant, si on prend l’absence de douleur comme le bonheur absolu, comme le pense Epicure, il s’agit certainement d’un autre type de douleur.

    Mathilde, ça me semble interessant mais j’avoue que j’ai du mal à faire le lien avec la conscience. Quoique on pourrait dire qu’une personne plus malheureuse dans un monde que dans un autre (il s’agit bien ici de la même personne ^^, je n’essaie pas de comparer les quantités de malheur de deux personnes différentes) sera plus consciente de son bonheur dans le premier cas, que dans le deuxième, même si elle reçoit la même quantité de bonheur. Le bonheur serait alors une histoire de comparaison.

  • Mathilde TS1 dit :

    Yvon, je pense que quand on prend « conscience » que ça va mal, là encore le mal est un histoire de référentiel… par exemple quelqu’un qui n’

  • Mathilde TS1 dit :

    Pardon j’ai eu un bug.
    Je disais que le malheur, en quelque sorte on en a forcement conscience, on se sent différent PAR RAPPORT aux « autres », c’est-à-dire à ce que tout les médias peuvent nous faire voir… et justement cette comparaison ne peut-elle pas jouer dans l’atteinte du bonheur véritable ?

  • Denis TS1 dit :

    Bonjour,
    J’aimerai juste donner mon avis en ce qui concerne la discussion sur la douleur.
    L’absence de douleur(physique ou autre) serait le bonheur absolu, mais comment peut-on progresser dans la vie, avoir des objectifs et donc avoir la moindre volonté si l’on n’est pas stimulé par une peur de la douleur (souffrir de la faim ou du froid, souffrir de la solitude,souffrir d’un manque d’amour,…)?
    Il me semble que la douleur est une de ces rares choses dans la vie( avec le désir) qui permettent de se sentir vivant et d’avoir l’impression d’être quelqu’un. De plus, sans douleur, nous n’aurions aucun élément de comparaison avec le plaisir. Ce qui nous semble du plaisir serait simplement un sentiment banale, le meilleur et le pire que l’on puisse éprouver. La vie perdrait tout contraste et tout relief. Dans ces conditions de monotonie et d’absence totale de sentiments comparables avec d’autres, je ne voie pas comment je pourrai accéder à la moindre parcelle de bonheur.
    Quand au seuil de douleurs supportable, que ce soit pour la douleur physique ou psychologique, je pense que c’est nos conditions physique qui nous limite, autant par le coma ou la mort que par la dépression et la folie.
    Si vous pouviez me dire ce que vous en penser et me faire part de vos commentaires, je vous en serait reconnaissant.

    • Yvon dit :

      Salut Denis,

      Je vois que tu t’attaques directement donc à la définition du bonheur que donne Epicure. D’après toi, l’aponie et l’ataraxie ainsi que l’éloignement des désirs ne font pas le bonheur.

      Pour commencer, il me semble maintenant évident que la souffrance morale et physique, mêlée aux désirs, c’est à dire exactement l’inverse d’aponie, ataraxie et désir, ne conduisent pas au bonheur. Nous l’avons vu avec Schopenhauer d’une part, et c’est d’autre part une affaire de bon sens. Tu souffres, tu n’es pas heureux, cela me semble logique. Tout le monde cherche à éviter la souffrance et tout le monde cherche le bonheur (où quelque chose de semblable, on va dire un bonheur pour de bonnes raisons (cf discussion sur la « machine à bonheur »)).

      J’ai peut-être un compromis. Si nous nous efforçons d’éloigner la souffrance et les désirs inutiles PARCE QU’ILS sont cause du malheur, même sans y parvenir complètement, nous les réduisons mais nous sommes toujours conscients d’eux et nous avons toujours un but.

      Résultat : On ne souffre pas trop, juste ce qu’il faut pour garder en mémoire qu’il faut continuer à se battre pour éviter de souffrir plus. La vie conserve un but et on est heureux. Ce schéma nous permet d’alterner passes difficiles et situations sans souffrances qui nous apportent le bonheur. Je note qu’on peut même renforcer cet argument par l’idée que le bonheur viendrait d’une comparaison avec une autre situation. En comparaison avec des moments douloureux, on est heureux même dans des situations banales. Par exemple, quelqu’un qui sort d’une longue maladie ou même d’un problème médical plus bénin peut avoir la sensation de « revivre ».

      Ce serait donc cette alternance de hauts et debas qui nous procurerait le bonheur, et pas cette situation plus stable qui nous propose Epicure. Pourquoi pas ? Qu’en pensez-vous ?

  • Mathilde TS1 dit :

    Bonjour,
    Je trouve ton idée intéressante Denis.
    Je pense que le bonheur absolu, la souffrance réduite à néant ne pourrait rien nous apporter de transcendant, ce serait un état de calme plat, tout nous serait acquis. L’être humain deviendrait une sorte de machine à vivre, il serait là, il n’aurait que ça à faire. Peut-être même que toutes formes de sentiments disparaitraient, et le bonheur n’est-il pas avant tout un sentiment ? il n’y aurait plus de désir donc plus de but. Cela me fait penser à la question que pose, d’une manière simple en apparence, un auteur dont j’ai oublié le nom : « Que fait-on maintenant qu’on est content ? »…

    Après Yvon, dire qu’alternance entre hauts et bas nous procurerait le bonheur est un peu réducteur. Cette situation d’alternance est le cas d’une partie relativement importante de personnes, pourtant nous sentons-nous tous heureux ? Le haut compense t-il toujours le bas ? Pourrait-on alors faire la différence entre les moments de haut et les moments de bas, à la fin de la vie d’une personne, et ainsi déterminer si ou ou non elle a été heureuse ?

    • Yvon dit :

      Je voulais dire que, puisqu’il n’est pas bon d’éliminer toute forme de souffrance (idée de Denis), autant en recevoir un peu de temps en temps pour se rappeler pourquoi on est là… Si ça peut procurer du bonheur quand on quitte la passe difficile, pourquoi pas ? L’alternance entre haut et bas peut aider mais ce n’est pas vraiment l’alternance qui fait le bonheur, c’est plus ce rappel que la souffrance nous guette toujours.

  • Denis TS1 dit :

    Bonsoir,
    Merci pour vos réponses pertinentes mais sur lesquelles j’aimerais donner mon avis.
    « Tu souffres, tu n’es pas heureux, cela me semble logique »(Yvon): peut-être trop logique pour être totalement vrai. Ne faut-il pas prendre la souffrance comme un défi à relever plutôt que comme une défaite? La souffrance diminue certainement le bonheur mais laisse la place (après coup) à la fierté d’y avoir résisté. De plus, je pense que la souffrance ne gâche pas le bonheur, selon moi elle gâcherai plutot le plaisir immédiat: On se fait mal à la main, c’est désagréable mais ça ne nous empèche pas d’être heureux et satisfait de l’existence que l’on mène.
    Sinon je suis plutôt d’accord avec le compromi sur lequel tu as conclut mis à part le fait de réduire les désirs inutiles. Cette limitation ne ferait, il me semble, que de réduire l’amplitude des hauts et des bas pour ainsi approcher d’une existence plus monotone ( ce qui satisfait certaines personnes mais ne me suffirai pas personnellement). Contrairement à la philosophie pessimiste, il ne me semble pas que désirer soit si douloureux que cela et comme l’homme désire obligatoirement (je souligne içi que « l’ennui » évoqué dans le cours est tout de meme un état où l’on désire: désirer désirer, désirer savoir pourquoi,…), ce n’est pas plus mal.
    Enfin, il me semble que pour dire à la fin de la vie d’une personne q’elle a été heureuse, il faut tout d’abord qu’elle même le dise: c’est la seule juge. Il faudrait qu’elle fasse le bilan de ce qu’elle a endurée avec succès et de ce dont elle a profitée pleinement, ce qui serait un bon moyen d’etre satisfait (ou non) de sa vie et de pouvoir affirmer d’avoir découvert et usé de toutes les ressources qu’offre le monde à l’homme (ou au contraire d’etre déçu du parcourt éffectué).Le bonheur ne se jugerai pas selon moins à la mesure du haut par rapport au bas mais à l’amplitude de ses hauts et de ses bas et donc à la richesse de la vie. Je ne vois pas d’autres moyens de juger le bonheur( même si cette méthode est totalement subjective).
    N’hésitez pas à me faire part de vos réactions sur mes commentaires et à me dire si vous voyez une erreur de raisonnement honteuse.
    Après tous ces opinons d’objectifs ambitieux sur la manière d’atteindre le bonheur, je vous souhaite de ne pas trop stressé pour vos hauts et vos bas futurs et de passer une bonne nuit.

    • Emmanuel dit :

      Salut Denis et Yvon,
      D’abord, je voulais apporter mon avis sur le fait que l’alternance entre de hauts et de bas permettrait d’acccéder au bonheur. Je ne suis pas d’accord. Si on ne fait que désirer encore et encore, selon vous, cela reviendrait à une vie monotone. Je dis pas forcément. En désirant tout le temps et en cherchant à avoir le plus de désirs possibles, ces désirs ne seraient pas les mêmes : ils changent et évoluent. Pourquoi serait-ce toujours les mêmes? Un exemple tout simple montrant que les désirs varient : les pubs. En classe’ lorsque l’on a parler des pubs, on a dit que le message qu’elles véhiculent changent selon l’époque. C’est que les désirs varient, que les gens sont attirés par des choses différentes. Si la vie ne serait que des hauts (pour réutiliser votre image), et donc une recherche constante de nouveaux désirs, la vie n’en serait pas monotone pour autant.
      Ensuite, je suis d’accord avec toi Denis, dans la mesure où tu dis que si :
      « On se fait mal à la main, c’est désagréable mais ça ne nous empèche pas d’être heureux et satisfait de l’existence que l’on mène. »
      En effet, le bonheur, c’est un jugement global de la vie que l’on mène et non une expérience éphémère comme l’exemple de la main. Cette expérience éphémère serait plus de l’ordre d’un instant et donc notre sentiment de bonheur ne serait pas entacher par ce déplaisir partiel et instantané.
      De plus, tu ajoutes que :
      « Le bonheur ne se jugerai pas selon moins à la mesure du haut par rapport au bas mais à l’amplitude de ses hauts et de ses bas et donc à la richesse de la vie. »
      Je pense plutôt que c’est sur la durée des hauts et des bas qu’une personne peut juger si elle a été heureuse ou pas. Par exemple, si sur une période assez courte de l’ordre de l’année, une personne a été, si je puis dire, « la plus heureuse de monde », mais que le reste de sa vie, elle n’a ressenti qu’un malheur pas trop important mais assez pour dire qu’elle n’est pas heureuse, alors peut-elle dire avoir accéder au bonheur ? Je pense donc qu’il faut prendre compte de la durée de chaque hauts et bas.
      J’espère m’être bien exprimer (chose que j’avoue n’être pas vraiment mon fort mais bon…) et que vous avez compris ma pensée. Merci de me dire ce que vous en pensez.

    • Yvon dit :

      Bonsoir,
      Denis, j’ai quelques problèmes avec tes arguments.

      Tu penses que la souffrance ne gâche pas le bonheur… Je trouve ça très contradictoire et j’ai dû mal à voir pourquoi. Il faudrait expliquer pourquoi. Moi quand je souffre, je ne suis pas heureux. Tu penses que désirer beaucoup mène au bonheur. Je ne crois pas. Peut-être ne désires-tu toi même pas tant que ça, peut-être que tu sais cibler tes désirs et qu’ ils ne te font donc plus souffrir. Ce sont des suppositions mais il est possible que tu te sois déjà « règlé » où que tu aies déjà pris cette habitude de ne pas tout désirer (inconsidérement ?).

      Après, quand on compare cette situation assez mouvementée (désirs, désirs satisfaits, désirs, souffrance, fierté) au repli sur soi et à la prise de conscience de la condition humaine, le premier choix me parait le bon, mais je ne pense pas qu’il soit meilleur que le groupement aponie, ataraxie, choix précis des désirs et rejets des désirs futiles.

      Pour terminer, tu dis que lorsqu’on s’ennuie, on désire désirer. Pourtant, je crois que c’est ici un autre type de désir. On désire désirer mais comme on ne sait pas ce que c’est que le désir, concrètement j’entend, on ne sais pas vraiment quoi désirer. Comment désirer désirer ? Je dirai même que sur le moment, on est incapable de désirer désirer. Ce n’est qu’après coup et après réflexion qu’on peut se dire, j’aurai aimé désirer à ce moment là, parce que c’est moins douloureux que de penser à la mort par exemple. Dans l’instant, on ne peut pas songer à désirer désirer quelque chose. Sur ce point, je pense qu’on peut combattre l’ennui en essayant d’aborder les problèmes qui touchent au sens de la vie, à la mort ou à l’infini d’une manière philosophique ou scientifique.

      Qu’en pensez-vous ?

      • Mathilde TS1 dit :

        Bonsoir,
        Je pensais à quelque chose par rapport ce que dit Yvon : « Tu penses que la souffrance ne gâche pas le bonheur… Je trouve ça très contradictoire et j’ai dû mal à voir pourquoi. Il faudrait expliquer pourquoi. Moi quand je souffre, je ne suis pas heureux. »
        Que pensez-vous des gens qui se « complaisent dans leur malheur », ceux qui auraient atteint un tel degré de lucidité, après des déceptions récurrentes, au point de considérer toutes formes de bonheur comme une illusion/passage éphémère, parce que ce n’est pas absurde de penser qu’une fois qu’on a atteint le paroxysme, la seule issue est la chute. Ces personnes seraient donc en quête de vérité, d’un besoin de ressentiment (contre justement le « vide » que procurerait l’alternance monotone haut/bas) pour se sentir Exister. Dans ce cas là, considérer la souffrance comme inexorable de manière lucide, dans le but d’atteindre la vérité, l’absence d’illusion, ne serait-ce pas une forme de bonheur?

        Désolée j’ai du mal à exprimer l’idée assez paradoxale. ^^’

      • Mikael dit :

        « Il faudrait expliquer pourquoi. » N’est-pas ce qu’a fait denis avec son argument sur la monotonie?
        « Je dirai même que sur le moment, on est incapable de désirer désirer. Ce n’est qu’après coup et après réflexion qu’on peut se dire, j’aurai aimé désirer à ce moment là« . Pas d’accord, alors même qu’on s’ennuie, ou qu’on déprime, on peut se rendre compte qu’on désire désirer. On n’est pas obligé d’être sorti de cette passe pour se rendre compte de cela d’après moi.

        • Yvon dit :

          Je crois que lorsqu’on est capable de désirer désirer, on n’est déjà plus dans la passe d’ennui où l’on réfléchi sur ce qu’on est et sur la condition humaine. On a déjà franchi ce stade et on est de nouveau capables de désirer.

  • marilyne TS2 dit :

    monsieur j’ai un petit souci avec la partie 2 : « mais la prise de conscience de la condition humaine semble faire l’idéal du bonheur une illusion », j’ai du mal à cerner le sens de cette partie et le lien avec la partie du cours sur Schopenhauer.
    merci d’avance de m’éclaircir sur cette partie

    • Il faudrait commencer par analyser ce que peut signifier l’idée de condition humaine.
      Vous pouvez partir de deux aspects pour essayer ensuite de faire par vous-même le lien avec le cours sur Schopenhauer : 1°) l’homme est un être de désir, 2°) notre existence est fragile (nous sommes soumis à la mort, au hasard des circonstances, à la possibilité de la souffrance, à la confrontation avec le malheur).
      Bon courage !

      • remi dit :

        bonsoir,

        je vois tout a fait comment faire le lien avec le cours et le sujet pour la premiere partie (l’homme un etre de desir); mais concerant la seconde partie (existence fragile) je ne vois pas ce qui pourrait nous aider dans le cours ou dans les textes en ligne. De plus je ne trouve qu’un seul argument qui puisse convenir
        -> l’homme vit perpetuellement dans la crainte et l’angoisse (a cause du fait qu’il a on conscience qu’il peut mourrir a tout moment, que le malheur ou la souffrance peuvent s’abbatre sur lui…), et cela le detourne de la quête du bonheur.

        merci d’avance, bon week end.

  • Denis TS1 dit :

    Bonjour,
    Excuse-moi marilyne de faire disparaitre ta question dans un flot de divagation qui s’éloigne de plus en plus du centre du sujet de la dissertation.
    Je voudrais tout d’abord répondre à Yvon. Je dois avouer qu’il existe un néant considérable entre l’idéal de vie que je présente et ma vie actuelle et qu’il est fort possible que mes désirs soient limités(par moi-même, je ne sais pas) mais que ce n’est pas ce que je recherche et que si je le fait c’est inconsciemment.
    Ensuite, contrairement à ce que tu dit, il m’est déjà arrivé plus d’une fois de me dire que j’aimerai trouver des objectifs à atteindre, que j’aimerai avoir vraiment envi de faire quelque chose : c’est ce que j’appelle désirer désirer, avoir envi d’éprouver du désir.
    « j’aurai aimé désirer à ce moment là, parce que c’est moins douloureux que de penser à la mort par exemple »:Quand ça m’est arrivé ce n’est pas pour m’empécher de penser à la mort, ou autre, c’est simplement pour me donner un objectif. Tu pourrais me répondre que je cherchais un divertissement, mais je ne vois pas de quoi j’aurais pu me divertir: la mort? c’est clair dans mon esprit depuis plusieurs années. la condition humaine? Je pense l’avoir acceptée. A moins que je ne me trompe, je manque d’idée sur le sujet sur lequel je devais me divertir.
    « Je dirai même que sur le moment, on est incapable de désirer désirer ».En effet je ne sais pas quoi désirer, si je savais quoi désirer , je le désirerais. Cela ne n’empêche pas pour autant de désirer désirer.
    Pour le reste, il me semble m’être expliqué au commentaire précédent.
    Emmanuel, je dois d’abord préciser que de toute façon, tout le monde cherche à éviter naturellement la douleur et donc que ce dont je parle se fait inconsciemment. Mais que nous cherchions à l’éviter ne nous empêche pas d’en ressentir. On connait donc bien évidemment des bas même si on ne cherche que des hauts.

    • Emmanuel dit :

      Denis, je tiens tout de suite à te dire que je ne suis pas d’accord avec la logique de ta conclusion :
      « Mais que nous cherchions à l’éviter ne nous empêche pas d’en ressentir. On connait donc bien évidemment des bas même si on ne cherche que des hauts. »
      Pour toi, une vie parfaite serait donc impossible. Pourquoi serait-il obligé que chaque personne souffre au moins une fois dans sa vie ?
      Si on recherche constamment à réaliser un objectif que l’on s’était fixé (on peut bien sûr en prendre plusieurs), selon Schopenhauer, cette idée aménerait à un cycle d’insatisfaction. Je pense que dans ce résonnement, Schopenhauer prend l’attente ou la recherche de la satisfaction des désirs comme une impatience. Or ce n’est pas forcément une impatience. Si une personne (je pense ici à un sportif) trouve justement son bonheur dans l’idée de se surpasser soi-même, il aura le même désir qu’il voudra réaliser sans jamais y parvenir et pourtant, il est heureux de pouvoir s’entrainer encore et encore. C’est sur ce point que mon avis diffère de celle d’Epicure : les quêtes vaines ne sont pas forcément à éviter puisqu’elles permettent d’avoir constament un désir à satisfaire. Sur ce point, une personne ne peut-elle pas ne connaître que des hauts ?
      Raisonnons à l’inverse : une vie malheureuse sans plaisir peut-elle exister ? Par exemple, une personne qui perdrait pendant sa vie, la vue puis un bras, après quoi un accident lui paralise les jambe etc… (j’avoue quand même que cette personne, si elle existe, est bien malchanceuse ). En ayant conscience du très grand pessimisme dont je fait part ^^, tous ces événements créeraient une très grosse souffrance chez cette personne. Ainsi je pense qu’une vie sans plaisir peut exister. Donc si une vie sans plaisir existe, pourquoi ne pourrait-il pas y avoir une vie sans souffrance ?
      Bien sûr, je parle de cas extrêmes et ne vous souhaite en aucun cas une vie malheureuse mais plutôt une bonne réflexion ^^.

      • Amaury TS1 dit :

        Bonjour à tous,
        Emmanuel, j’ai du mal à comprendre ton argumentation : « Si une personne (je pense ici à un sportif) trouve justement son bonheur dans l’idée de se surpasser soi-même, il aura le même désir qu’il voudra réaliser sans jamais y parvenir et pourtant, il est heureux de pouvoir s’entrainer encore et encore ».
        En effet, je suis d’accord avec ton allusion au sportif qui voudrait sans cesse se surpasser, mais tu ajoutes qu’il ne pourra jamais y parvenir, pourquoi ? Il est vrai qu’au bout d’un certain moment, il ne pourrait plus dépasser son record, à cause de contraires physiologiques, mais pourquoi ne pourrait-il pas s’améliorer de jour en jour ? De plus tu affirmes qu’il serait heureux de s’entrainer encore et encore. Peux-tu m’éclairer sur cette affirmation, car je ne la comprends pas : pourquoi serait-il heureux, s’il sait qu’il ne pourra jamais se surpasser, comme tu le dis.
        « Les quêtes vaines ne sont pas forcément à éviter puisqu’elles permettent d’avoir constament un désir à satisfaire » mais comme nous l’avons vu en cours, si un désir n’est pas satisfait, d’après Schopenhauer, nous sommes dans un état de manque donc de souffrance. Donc pourquoi suivre des désirs vains s’ils ne sont que souffrance ? Si la souffrance liée à la recherche de la satisfaction des désirs vains ne réside pas dans l’impatience, merci d’essayer de m’expliquer plus… concrètement ce que c’est pour toi.
        Sinon, je suis d’accord avec toi sur l’existence d’une vie sans plaisir ou sans souffrance.
        J’espère avoir été assez clair pour tous, merci de m’indiquer si ma réflexion est claire et fondée.

        • Emmanuel dit :

          Amaury, lorsque j’ai dit qu’il n’y parviendrait jamais, c’était pour dire qu’il n’arriverait jamais à dépasser son niveau dans la mesure où en se surpassant, il cherchera sans cesse à s’améliorer, à se surpasser. Cependant, et c’est là que je me suis mal exprimer, il arrivera à un niveau où il ne pourra plus s’améliorer mais ce n’est pas pour autant qu’il s’arrêtera de s’entrainer puisque son bonheur est justement de faire du sport et plus particulièrement le sport dans lequel il s’entraine. C’est pour cette raison que j’ai dit qu’il n’y arriverait pas. M’as tu compris ?
          De plus, j’ai l’impression que tu prends l’idée de Schopenhauer comme une vérité. Or ce n’est pas parce qu’un auteur affirme quelque chose que c’est forcément vrai : c’est juste SA vérité. Ainsi, je suis juste en désaccord avec son idée et j’affirme qu’un désir n’est pas obligatoirement une souffrance.
          Enfin, je suis content de voir que quelqu’un est d’accord avec moi ^^. J’espère que mon explication t’a convaincu.

          • Mikaël dit :

            « Si une personne (je pense ici à un sportif) trouve justement son bonheur dans l’idée de se surpasser soi-même, il aura le même désir qu’il voudra réaliser sans jamais y parvenir et pourtant, il est heureux de pouvoir s’entrainer encore et encore. »
            C’est peut-être que ce sportif trouve son bonheur dans le fait de s’entraîner encore et encore et non dans celui de se surpasser. Il peut penser que son bonheur réside dans le surpassement de soi même et ne pas être conscient de l’impossibilité à satisfaire ce désir (au bout d’un moment il n’y arrive plus mais il y croit encore possible). La satisfaction d’une chose(s’entraîner) lui semblerait alors être la satisfaction d’une autre.

            • Pascal G dit :

              Bonsoir,

              Loin de moi l’idée de m’introduire par effraction dans un débat qui se déploie fort bien tout seul, mais il me semble qu’il y a une idée très intéressante dans ce que dit Emmanuel, qu’il ne faudrait peut-être pas laisser passer.

              Je rererecite : « Si une personne (je pense ici à un sportif) trouve justement son bonheur dans l’idée de se surpasser soi-même, il aura le même désir qu’il voudra réaliser sans jamais y parvenir et pourtant, il est heureux de pouvoir s’entrainer encore et encore. »

              Ce que tend à dire Emmanuel (si je n’interprète pas de travers) c’est que le bonheur n’est peut-être pas à penser comme un but, un objectif, un « état » qu’il faudrait atteindre par divers moyens, mais plutôt justement comme ces moyens eux-mêmes.

              Pour caricaturer un peu, mais faire saisir l’idée, cela fait penser à ce que disait Lao-Tseu (un philosophe chinois du IV° siècle avant JC) : « il n’y a pas de chemin vers le bonheur ; le bonheur, c’est le chemin ».

              J’avoue que cette citation est un brin sibylline ; mais pour le dire autrement (et avec un autre philosophe), il me semble que dans la citation d’Emmanuel il y a l’idée d’un bonheur qui serait à trouver DANS le processus par lequel on cherche à atteindre un but que l’on s’est fixé (cet objectif n’étant précisément pas « le bonheur ») ; c’est-à-dire DANS le processus par lequel on « se dépasse », ou pour le dire encore autrement : dans le chemin tendu vers un objectif et au cours duquel on se crée de nouvelles capacités, de nouvelles possibilités, de nouvelles aptitudes.

              Pour info, ça, c’est très précisément ce que dit Bergson lorsqu’il écrit que la véritable cause du bonheur pour l’homme, c’est « la création de soi par soi ».

              Il me semblait que l’idée valait la peine d’être saisie au vol.

              Bonne continuation,

              Pascal G

              • Yvon dit :

                Bonjour,

                En feuilletant un magazine, j’ai trouvé un passage traitant du bonheur. Un point me parait intéressant à mettre en relation avec l’idée d’Emmanuel, relevée par Pascal.

                Un bon moyen d’atteindre le bonheur est de se concentrer sur le moment présent. Voilà une idée présentée dans l’extrait que j’ai lu. Je crois qu’en évitant de faire dériver ses pensées, en évitant de se lamenter sur d’autres problèmes pendant telle ou telle activité, on peut rester concentré et trouver le bonheur lors de chaque activité. C’est donc sur le chemin, pour reprendre l’image de Lao-Tseu, qu’il faut chercher et trouver le bonheur. Il ne faut pas atteindre le bout du chemin pour le trouver parce qu’il se pourrait bien qu’il n’y soit pas, ou que le chemin n’ait pas de fin.

          • Emmanuel, vous écrivez :

            « De plus, j’ai l’impression que tu prends l’idée de Schopenhauer comme une vérité. Or ce n’est pas parce qu’un auteur affirme quelque chose que c’est forcément vrai : c’est juste SA vérité. ».

            Vous avez raison de souligner le fait qu’une référence à un auteur n’est pas une preuve de vérité. Il faut effectivement éviter à tout prix en philosophie ce que l’on appelle les « arguments d’autorité », qui sont en fait de pseudo arguments. Mon collègue, Pascal Garandel a d’ailleurs une excellente fiche sur cette question des pseudo arguments, je vous en recommande la lecture.

            Mais attention :

            1°) je ne crois pas qu’Amaury ait simplement fait référence à Schopenhauer, mais il a commencé à reprendre son argument : le désir est manque donc il est souffrance. Par conséquent, si vous n’êtes pas d’accord avec la conclusion (le désir est souffrance), il faut soit critiquer l’idée que le désir est un manque, soit critiquer l’idée que le manque est toujours une souffrance.

            2°) il faut éviter d’utiliser l’expression « sa vérité » (ou « ma vérité », etc.). Il faut en effet distinguer deux choses : la croyance (« Schopenhauer croit que … ») et la vérité (« Ce que croit Schopenhauer est-il vrai ? »). Or l’expression « sa vérité » confond ces deux aspects. « Sa vérité » cela veut dire en effet ici : ce que Schopenhauer pense, ce qu’il croit. Pourquoi parler alors de vérité ? Par conséquent, retenez qu’il faut éviter d’utiliser ce type d’expression.

  • Pour étayer votre réflexion sur la souffrance, je vous propose ce texte de Schopenhauer (sujet d’explication de texte 2009 pour la série L) :

    « Il n’y a pas de satisfaction qui d’elle-même et comme de son propre mouvement vienne à nous ; il faut qu’elle soit la satisfaction d’un désir. Le désir, en effet, la privation, est la condition préliminaire de toute jouissance. Or avec la satisfaction cesse le désir et par conséquent la jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement ne sauraient être qu’une délivrance à l’égard d’une douleur, d’un besoin ; sous ce nom, il ne faut pas entendre en effet seulement la souffrance effective, visible, mais toute espèce de désir qui, par son importunité, trouble notre repos, et même cet ennui qui tue, qui nous fait de l’existence un fardeau.

    Or c’est une entreprise difficile d’obtenir, de conquérir un bien quelconque ; pas d’objet qui ne soit séparé de nous par des difficultés, des travaux sans fin ; sur la route, à chaque pas, surgissent des obstacles. Et la conquête une fois faite, l’objet atteint, qu’a-t-on gagné ? Rien assurément, que de s’être délivré de quelque souffrance, de quelque désir, d’être revenu à l’état où l’on se trouvait avant l’apparition de ce désir.

    Le fait immédiat pour nous, c’est le besoin tout seul c’est-à-dire la douleur. Pour la satisfaction et la jouissance, nous ne pouvons les connaître qu’indirectement ; il nous faut faire appel au souvenir de la souffrance, de la privation passée, qu’elles ont chassées tout d’abord. Voilà pourquoi les biens, les avantages qui sont actuellement en notre possession, nous n’en avons pas une vraie conscience, nous ne les apprécions pas ; il nous semble qu’il n’en pouvait être autrement ; et, en effet, tout le bonheur qu’ils nous donnent, c’est d’écarter de nous certaines souffrances. Il faut les perdre pour en sentir le prix ; le manque, la privation, la douleur, voilà la chose positive, et qui sans intermédiaire s’offre à nous. »

  • À propos de la souffrance, un texte d’Alain qui peut vous aider à réfléchir :

    Tous ces coureurs se donnent bien de la peine. Tous ces joueurs de ballon se donnent bien de la peine. Tous ces boxeurs se donnent bien de la peine. On lit partout que les hommes cherchent le plaisir ; mais cela n’est pas évident ; il semble plutôt qu’ils cherchent la peine et qu’ils aiment la peine. Le vieux Diogène disait : « Ce qu’il y a de meilleur c’est la peine. » On dira là-dessus qu’ils trouvent tous leur plaisir dans cette peine qu’ils cherchent ; mais c’est jouer sur les mots ; c’est bonheur et non plaisir qu’il faudrait dire ; et ce sont deux choses très différentes, aussi différentes que l’esclavage et la liberté.

    On veut agir, on ne veut pas subir. Tous ces hommes qui se donnent tant de peine n’aiment sans doute pas le travail forcé ; personne n’aime le travail forcé ; personne n’aime les maux qui tombent ; personne n’aime sentir la nécessité. Mais aussitôt que je me donne librement de la peine, me voilà content.

    […] Le boxeur n’aime pas les coups qui viennent le trouver ; mais il aime ceux qu’il va chercher. Il n’est rien de si agréable qu’une victoire difficile, dès que le combat dépend de nous. Dans le fond, on n’aime que la puissance. Par les monstres qu’il cherchait et qu’il écrasait, Hercule se prouvait à lui-même sa puissance. Mais dès qu’il fut amoureux, il sentit son propre esclavage et la puissance du plaisir ; tous les hommes sont ainsi ; et c’est pourquoi le plaisir les rend tristes.

    L’avare se prive de beaucoup de plaisirs, et il se fait un bonheur vif, d’abord en triomphant des plaisirs, et aussi en accumulant de la puissance ; mais il veut la devoir à lui-même. Celui qui devient riche par héritage est un avare triste, s’il est avare ; car tout bonheur est poésie essentiellement, et poésie veut dire action ; l’on n’aime guère un bonheur qui vous tombe ; on veut l’avoir fait. L’enfant se moque de nos jardins, et il se fait un beau jardin, avec des tas de sable et des brins de paille. Imaginez-vous un collectionneur qui n’aurait pas fait sa collection  ?

    Alain, Propos sur le bonheur, XLII, Agir, 3 avril 1911

    • Mathilde TS1 dit :

      « On veut agir, on ne veut pas subir » comme le dit Alain, c’est surement ça qui ferait la différence entre bonheur et plaisir. Je trouve cette idée assez juste.
      Après, n’auriez-vous pas des textes qui contestent de l’existence du bonheur ?
      Merci d’avance. ^^

      • Chère Mathilde,

        Qu’entendez-vous précisément par « contester l’existence du bonheur » ?. Quel type de texte cherchez-vous ? Des textes qui défendent l’idée qu’il est impossible de parvenir au bonheur ? Des textes qui critiquent le fait d’être heureux et qui montrent qu’il ne faudrait pas chercher à être heureux ?

        J’ai l’impression que vous cherchez des textes qui défendent l’impossibilité du bonheur. En ce sens, vous pouvez déjà relire les textes de Schopenhauer : le texte vu en cours, le texte que j’ai ajouté en commentaire ci-dessus, ainsi que cet autre texte :

        « Tout vouloir procède d’un besoin, c’est-à-dire d’une privation, c’est-à-dire d’une souffrance. La satisfaction y met fin ; mais pour un désir qui est satisfait, dix au moins sont contrariés ; de plus le désir est long et ses exigences tendent à l’infini ; la satisfaction est courte et elle est parcimonieusement mesurée. Mais ce contentement suprême n’est lui-même qu’apparent ; le désir satisfait fait place aussitôt à un nouveau désir ; le premier est une déception reconnue, le second est une déception non encore reconnue. La satisfaction d’aucun souhait ne peut procurer de contentement durable et inaltérable. C’est comme l’aumône qu’on jette à un mendiant : elle lui sauve aujourd’hui la vie pour prolonger sa misère jusqu’à demain. – Tant que notre conscience est remplie par notre volonté, tant que nous sommes asservis à la pulsion du désir, aux espérances et aux craintes continuelles qu’il fait naître, tant que nous sommes sujets du vouloir, il n’y a pour nous ni bonheur durable, ni repos. Poursuivre ou fuir, craindre le malheur ou chercher la jouissance, c’est en réalité tout un ; l’inquiétude d’une volonté toujours exigeante, sous quelque forme qu’elle se manifeste, emplit et trouble sans cesse la conscience ; or sans repos le véritable bonheur est impossible. Ainsi le sujet du vouloir ressemble à Ixion attaché sur une roue qui ne cesse de tourner, aux Danaïdes qui puisent toujours pour emplir leur tonneau, à Tantale éternellement altéré. » (Schopenhauer, le Monde comme volonté et comme représentation (1818), éd. PUF, 1992, §38)

        Je vous propose également un texte de Freud

        « Il y a beaucoup moins de difficultés à faire l’expérience du malheur. La souffrance menace de trois côtés, en provenance du corps propre qui voué à la déchéance et à la dissolution, ne peut même pas se passer de la douleur et de l’angoisse comme signaux d’alarme, en provenance du monde extérieur qui peut faire rage contre nous avec des forces surpuissantes, inexorables et destructrices, et finalement à partir des relations avec d’autres hommes. La souffrance issue de cette source, nous la ressentons peut-être plus douloureusement que toute autre. »

        Il y aurait bien d’autres choses possibles à lire : Pascal (relisez le cours, ou bien cette introduction, et n’hésitez pas à vous lancer dans la lecture des Pensées), Cioran (cf. quelques extraits ), …
        [Remarque : on pourrait aussi s'intéresser à ce que l'on appelle la doctrine du contemptus mundi. Cette expression latine signifie le mépris du monde. L'idée, dans un contexte religieux est que, la recherche du bonheur ici-bas est condamnée. Si je trouve un texte clair sur cette question, je le mettrai ici.]

        Si vous cherchez des textes qui critiquent le fait d’être heureux, et l’idée que le bonheur est un bien, vous pouvez relire en ce sens les textes donnés pour la troisième partie (ces textes permettent en effet de critiquer le fait d’être heureux s’il s’agit d’un bonheur illusoire, d’un bonheur sans liberté, sans morale…).

        Vous pouvez également lire cette introduction à la critique par Nietzsche du bonheur.

        Le texte suivant, de Clément Rosset (un philosophie contemporain), est intéressant, mais attention ce texte fait une opposition entre le bonheur et la joie qui correspond, dans ce que nous avons vu en cours (et dans le devoir à faire) à l’opposition entre un bonheur qui oublie le tragique et un bonheur qui n’oublie pas le tragique (Rosset préfère parler ici de joie).

        « Nous définissons le bonheur comme refus de la joie, et notre attitude irréconciliable comme le refus du bonheur, parce que nous considérons que le bonheur a vendu la joie, l’a cédée pour mettre un terme à cette oppression tragique à laquelle il a été incapable de résister.

        Tout au contraire, ne pas oublier le tragique, – être irréconciliable – est le fait d’une joie demeurée vivace, rebelle, pourrait-on dire, au tragique ; d’une joie si puissante que des années de « coexistence » avec le tragique contradicteur n’ont pu l’émousser : toujours aussi vive, toujours aussi jeune, elle pose toujours aussi pleinement la question tragique. Ce qui s’use en effet, avec le temps, dans le duel entre le tragique et la joie, ce n’est jamais le tragique mais bien toujours la joie ; lorsque le tragique consent à desserrer son étreinte, ce n’est pas signe qu’il faiblit, mais au contraire que notre résistance a molli : le tragique ne nous libère que lorsqu’il a gagné. Il ne saurait s’agir de triompher du tragique, ce qui est infiniment au-dessus de nos forces et en dehors de notre capacité d’action, et c’est pourtant ce que prétendent faire tous ceux qui veulent obtenir un bonheur contre le tragique, alors que c’est en fait le tragique qui obtient le bonheur contre eux et leurs exigences de joie ; mais par notre lutte, nous pouvons obtenir que le tragique ne triomphe pas de nous. Être dans l’irréconciliable, c’est maintenir éternellement les deux ennemis à égalité, ne jamais admettre que le tragique qui tue notre joie nous oblige à renoncer à notre joie, à la livrer en pâture au bonheur. C’est conserver notre joie toujours dans la jeunesse, qui lui permet de résister à la jeunesse éternelle du tragique. Pour l’homme tragique, la vie est un duel perpétuel entre deux ennemis égaux qui savent qu’ils ne vaincront que par l’usure et qui attendent, en conséquence, que leur adversaire vieillisse pour lui porter le coup fatal : un duel dont l’issue est éternellement remise au lendemain. Il lui faut donc une inépuisable réserve de jeunesse, une joie toujours nouvelle, pour se permettre, chaque matin, de répondre victorieusement à la question tragique qui lui propose le masque du bonheur, et d’affirmer qu’il est toujours irréconciliable, qu’il n’a toujours pas accepté le tragique, parce qu’il est encore joyeux… L’intransigeance tragique se mesure au degré de joie que l’on possède, non au degré d’héroïsme, encore moins au degré de rancœur. Expulsion de toute idée de bonheur ou de succès, certes, mais au nom de la joie qui nous étreint : jamais je n’accepterai le bonheur, parce que jamais je ne céderai la joie ! » (Clément Rosset, La philosophie tragique, 1960) [Texte trouvé sur le site Anaximandraque]

        • Mathilde TS1 dit :

          Bonsoir,
          Je vous remercie pour ses textes, je cherchais effectivement des textes qui défendent l’impossibilité du bonheur pure et dure.
          Freud défend cette thèse par d’autres arguments que le désir et la frustration, comme la dissolution inexorable du corps, les souffrances issues des relations entre les Hommes… je trouve cela pertinent, et me donne envie de lire plus en détail Freud.
          Quant à Pascal, j’avouerais que ses textes me paraissent un peu opaques ^^’, son idée de trouver le bonheur dans la recherche de Dieu ne se rapporte t-elle pas à la doctrine « contemptus mundi » ?
          Enfin Cioran est très agréable à lire, il semblerait répondre au sujet de notre dissertation par : « La conscience est bien plus que l’écharde, elle est le poignard dans la chair. » De manière pessimiste, certes. ^^

  • Laura dit :

    Bonsoir Monsieur,
    Moi j’aurais une question sur la première partie du plan avec le fait que la conscience serait une condition du bonheur, serait-ce du hors sujet si dans cette partie j’évoquerais Epicure avec sa théorie qu’il faut réfléchir sur les désirs dont nous avons besoin?
    Si l’on réfléchie pour distinguer les vrais des faux plaisirs c’est bien que nous devons faire appel à notre conscience et donc si notre conscience nous permet de limiter nos désirs naturels et nécessaires et de distinguer les vrais plaisirs, la conscience nous permettrait d’accéder au bonheur, non?
    Mon raisonnement vous parait-il cohérent? Est-ce du hors sujet? Est-ce que cela peut entrer dans notre sujet de dissertation ou bien est-ce que cela n’a rien à avoir avec la conscience et le bonheur?
    Merci

    • C’est une très bonne idée ! Pensez simplement à l’introduire progressivement. Ne partez pas de ce que dit Épicure lui-même : partez d’une idée assez simple (pour parvenir au bonheur, il faudrait avoir conscience de ce que nous désirons vraiment), et approfondissez ensuite cette idée en vous servant, en utilisant Epicure.

  • remi dit :

    bonjour,

    pour ma part je voudrai savoir si le fait de mettre en relation les deux premieres partie de la dissertation
    avec le cours sur la publicité peut etre envisageable ou du moins si cela peu aider a la comprehension de
    notre argumentation.

    En effet j’aurai voulu montrer que dans un premier temps la conscience est necessaire à un bohneur
    « presumé » comme par exemple pour une femme qui aurai conscience qu’il lui faut acheter le parfum de Dior
    pour etre heureuse; et dans un second temps ou cette femme aurai conscience que « l’industrie du bonheur presumé » (si l’on peut dire) l’influencerai dans ses choix et l’empecherai d’acceder au bohneur veritable.
    Dans ce cas la la conscience serait un obstacle au bonheur.

    Merci d’avance en esperant avoir eté clair.

    • Bonsoir Rémi.
      Attention, votre rapprochement n’est pas pertinent du tout.
      Vous partez d’abord de l’exemple d’une femme « qui aurait conscience qu’il lui faut acheter le parfum de Dior ». ATTENTION, si vous affirmez cela, cela veut dire que vous pensez qu’il faut que cette femme achète le parfum de Dior pour parvenir au bonheur !!
      D’autre part, vous écrivez que la conscience de l’influence de la publicité nous empêche d’accéder au bonheur véritable. C’est là encore très confus : vous présupposez que le bonheur véritable c’est d’être ignorant de ce qui influence nos représentations du bonheur. Au contraire la notion de bonheur véritable suppose une distinction par rapport aux fausses représentations du bonheur, ce qui implique qu’on cherche à comprendre ce qui façonne nos représentations du bonheur. De plus, vous présupposez que le bonheur véritable se trouve dans les modèles de bonheur que proposent les publicités, ce qui manque beaucoup de pertinence.

      En revanche, vous pouvez très bien utiliser ce que nous avons fait sur la publicité, mais plutôt en troisième partie, par exemple pour montrer qu’il faut prendre conscience de ce qui façonne nos représentations du bonheur pour parvenir à un véritable bonheur, et à un bonheur libre.

  • Lucas dit :

    Bonsoir,

    Je n’ai encore pas bien pris mes aises dans votre site, mais je me demandais si il y avait une section discutions, avec plusieurs sujets comme un forum? Parce qu’il est assez difficile de suivre la conversation aux milieux des discutions des élèves, les sujets changent, etc.

    Merci.

    • Faire un forum me semble redondant : la discussion se fait ici dans les commentaires. Dans un forum aussi les sujets changent. J’ai toutefois caché par défaut la discussion sur l’utilitarisme, qui est loin du sujet. Et dans l’idéal, il faudrait que chacun pense à utiliser le bouton « répondre » pour poursuivre une discussion (cela faciliterait effectivement la lecture).

  • etienne dit :

    Bonjour a tous

    j’ai du mal a cerner la deuxieme grande partie. J’aimerai savoir ce que vous entendez dans la condition humaine car j’ai des idées pour debuter cette aprtie mais j’ai beaucoup de mal a définir la condition humaine.

    Merci d’avance et bonne apettit a tous

  • marion TS4 dit :

    Bonjour monsieur,

    Est ce que l’on doit indiquer le titre des parties et des sous parties dans la dissertation?

  • Mylène dit :

    Bonjour, je suis en TS3 et j’ai consulté votre site bien que je ne sois pas dans votre lycée ni de la même région que vous.Je voulais plus d’informations sur le sujet de la conscience. J’ai trouvé certaines réponses que je n’avais pas dans mon cours.
    Merci et bonne continuation.