Extrait du cahier de textes des TES2

Jeudi 4 septembre

Introduction à la philosophie

Qu’est-ce que la philosophie ? Prise de représentation (“La philosophie, c’est … ; Un philosophe, c’est … ; Faire de la philosophie, c’est …”, « La philosophie ça sert à …”, “La philosophie, ça ne sert à rien parce que …”).

Faire de la philosophie, c’est penser. Mais toutes les pensées ne sont pas philosophiques. Qu’est-ce que penser de manière philosophique ?

Premiers éléments de réponse proposés par les élèves : pas une simple pensée, mais une réflexion ; en philosophie, il semble y avoir plusieurs réponses possibles ; en philosophie, on pense à des questions “générales”, “des grandes questions”, des “thèmes très vastes”.

Approche de la philosophie par contraste. Document distribué : Représentations de la philosophie.

Vendredi 5 septembre

Trois exigences essentielles en philosophie : problématiser, argumenter, définir.

Document distribué : Référence à ces trois exigences par des philosophes. Exercice : Dans ces textes, à quelle exigence est-il essentiellement fait référence ?

Proposition d’une définition de la philosophie : faire de la philosophie, c’est penser de manière réflexive et critique à propos de problèmes qui concernent des notions fondamentales.

Point méthode sur la définition. 1°) Définir ce n’est pas donner un synonyme, c’est dégager les éléments constitutifs d’une idée. 2°) Pour définir, il faut partir du plus général et préciser petit à petit sa définition, en se questionnant sur ce que l’on vient de dire. Reprise de deux exemples vus en cours (définition d’un dogme, et définition de la philosophie), sous la forme d’un schéma.

À faire pour le mardi 16 septembreatelier d’écriture et de discussion : essai sur la philosophie.

Lundi 8 septembre

Séquence 1 : Bonheur et désir

Prise de représentation (“Quand est-ce que nous utilisons les termes “bonheur”, ”heureux” etc. ?”). Distinction du bonheur et du plaisir. Le bonheur est comme le plaisir, un état de satisfaction. Mais le bonheur est un état de satisfaction durable, alors le plaisir est un état qui ne dure qu’un moment. D’autre part, le bonheur est un état de satisfaction qui porte sur la vie dans son ensemble, alors que le plaisir est un état de satisfaction partiel, localisé, lié aux sens et à un événement particulier qui cause ce plaisir.

Qu’est-ce que le bonheur précisément ? Travail sur l’image du bonheur dans la publicité (document distribué sur la publicité et le bonheur). Analyse d’un paradoxe : la publicité cherche à la fois à présenter un modèle de plénitude, et à provoquer un désir d’achat, en nous faisant croire que le produit nous manque. Analyse d’un exemple de publicité (publicité pour un parfum Dior : voir l’image).

À faire pour le mardi 9 septembrecf. document distribué : 1 – question b et c

Distinction du bonheur comme état de plénitude, et du désir insatisfait comme état de manque. Exercice d’argumentation : retrouver les étapes manquantes qui permettent de passer de l’idée que le bonheur est un état de plénitude, à l’idée que pour parvenir au bonheur, il faudrait satisfaire ses désirs.

Mardi 9 septembre

Reprise du travail sur l’image du bonheur dans la publicité à partir des exemples trouvés par les élèves. Caractéristiques de cette image du bonheur : un bonheur individualiste, un bonheur-cliché, un bonheur obligatoire, une image de bonheur associée au produit, qui cache les conditions de fabrication du produit. Évocation des mouvements antipub. Distribution d’un texte de François Brune en lecture complémentaire.

De manière générale, dans une société de consommation, le bonheur consisterait dans la satisfaction de tous ses désirs. Y a-t-il un fondement à cette idée ? Reprise de l’exercice d’argumentation (cf. ci-dessus).

Avant de proposer une correction de l’exercice : travail sur les stratégies pour parvenir à un argument (« Comment avez-vous fait pour construire votre argument ? »). Correction collective et progressive de l’exercice.

Point méthode sur l’argumentation. Un argument est un raisonnement destiné à justifier une idée et à convaincre un auditeur. Rappel sur la distinction entre persuader et convaincre. Pour convaincre, le raisonnement doit permettre de passer, par des liens logiques, d’une idée à une autre, jusqu’à la conclusion, en partant d’une ou plusieurs idées de départ.

Trois conseils essentiels : 1°) Un raisonnement a une conclusion : on doit avoir un objectif clair, on doit savoir où on va, ce qu’on veut montrer, et on doit garder cet objectif en tête. 2°) Un raisonnement se fait par étapes : il faut avancer progressivement vers son objectif, ne pas sauter d’étapes. Le passage d’une idée à une autre doit être absolument clair et logique. 3°) Un raisonnement a un point de départ : il faut partir d’idées qui soient le plus solides possibles. Les idées de départ doivent elles-mêmes déjà être justifiées.

Jeudi 11 septembre

Remise en cause de la conclusion de l’argument sur lequel nous avons travaillé. Le bonheur consiste-t-il vraiment à satisfaire tous ses désirs ?

Travail sur les objections possibles à cette idée (une objection est un argument destiné à prouver qu’une idée est fausse). Plusieurs idées sont trouvées par les élèves. Comment mettre en ordre ces idées, ces critiques ?

Travail sur une première série d’objections.

1°) Première objection. Nous pouvons désirer quelque chose de mauvais pour nous. Pourtant, qui sait ce qui est bon pour nous, si ce n’est nous-mêmes ? Dans le cas des enfants, on peut dire que l’enfant, surtout en bas âge, n’est pas à même de savoir ce qui est bon ou mauvais pour lui. Dans ce cas, il est justifié que les parents aient une attitude paternaliste envers leur enfant. Mais est-il légitime d’avoir une attitude paternaliste envers un adulte ? Est-il légitime que vos parents aient une attitude paternaliste envers vous ?

Dans quel cas le paternalisme est-il justifié ? Examen de plusieurs situations par les élèves : le cas du promeneur qui ignore que le pont sur lequel il s’apprête à marcher va s’écrouler, le cas du suicide, le cas des pratiques sadomasochistes, le cas de l’esclavage volontaire. Est-il légitime d’interdire à une personne adulte de réaliser l’un de ses désirs, sous prétexte que c’est pour son bien ?

Vendredi 12 septembre

Distinction de deux formes de paternalisme. Paternalisme fort : il est légitime d’imposer des contraintes à une
personne, si c’est pour le bien de cette personne. Paternalisme faible : il est légitime d’imposer des contraintes à une personne si c’est pour le bien de cette personne, mais seulement dans le cas où la personne en question manque d’informations, ou n’est pas capable d’exercer un jugement rationnel.

Du point de vue de la question du bonheur, le problème est le suivant. Est-ce à chacun de déterminer sa propre conception du bonheur ? Ou bien, peut-on parler d’un même modèle de bonheur qui serait globalement le même pour tous ? Si un tel modèle existe, a-t-on le droit d’imposer à quelqu’un une contrainte en prétextant que c’est pour son bien, en vue de son propre bonheur ?

2°) Deuxième objection. La notion de satisfaction est ambiguë. Au sens objectif, la satisfaction d’un désir signifie que le désir est réalisé. Au sens subjectif, la satisfaction d’un désir signifie que l’on éprouve une satisfaction à avoir réalisé un désir. Il faut en fait distinguer trois éléments : – le fait d’avoir réalisé un désir, – le fait de croire ou de savoir qu’un de ses désirs est réalisé, – le fait d’éprouver une satisfaction. Qu’est-ce qui compte en vue du bonheur ?

Est-ce le simple fait d’avoir réalisé nos désirs ? Réaliser un désir mais ne pas savoir qu’on l’a réalisé ne semble pas nous rendre plus heureux (ex. du désir d’un mourant qui désire que ses enfants soient heureux : si ses enfants sont effectivement heureux plus tard, peut-on dire que sa vie est plus heureuse que si son désir n’avait pas été réalisé ?)

Suffit-il alors de réaliser nos désir et de savoir qu’on les a réalisés ? L’expérience de la déception, l’expérience du regret montrent que nous pouvons avoir réalisé un désir et ne pas être satisfait. Le regret et la déception seront d’ailleurs d’autant plus intenses et profonds s’ils concernent un désir sur lequel notre vie semblait être fondée.

Ce qui semble en définitive compter en vue du bonheur, c’est l’expérience de la satisfaction, le fait d’éprouver un sentiment de satisfaction.

Lundi 15 septembre

3°) Troisième objection

Le texte de Schopenhauer est construit sur une alternative (cf. l’image du pendule). Soit nous désirons et dans ce cas nous souffrons, donc nous ne sommes pas heureux. Soit nous ne désirons rien, et dans ce cas nous faisons l’expérience de l’ennui, donc nous ne sommes pas heureux. Comme il n’y a pas de milieu entre désirer et ne pas désirer, la conclusion est pessimiste : nous ne pouvons pas être heureux. Ce texte présente-t-il une vérité sur la nature de l’homme ?

Si l’on prend la deuxième branche de l’alternative, l’absence de désir est bien vécue comme un vide car la nature de l’homme semble être de désirer. Dans l’ennui, nous désirons avoir des désirs, mais nous n’en avons pas. Nous ressentons un manque, c’est pourquoi l’ennui s’oppose à l’idée de bonheur qui est un état de plénitude.

Si l’on prend la première branche de l’alternative, il faut se demander d’abord si le désir est un état de manque et si tout état de manque est une souffrance.

Le désir semble bien être un état de manque, puisque l’on ne désire que ce que l’on n’a pas et réaliser un désir c’est se sentir comblé, il y aurait ainsi bien un manque au départ. (Cf. le discours d’Aristophane dans le Banquet de Platon)

Toutefois, même si le désir est un état de manque, il faudrait distinguer plusieurs types de manque. On peut d’abord parler des besoins au sens objectif, qui désignent ce qui est nécessaire à notre survie ou à notre bon développement. On peut également identifier ce que la personne elle-même ressent comme un besoin, mais qui ne l’est pas dans la mesure où l’absence de satisfaction de ce besoin ne nuit pas à cette personne (au sens où cela ne porte attente ni à la survie, ni au bon développement de la personne). Restent enfin des désirs qui sont liés à des situations particulières, des désirs transitoires, qui ne durent qu’un moment. Peut-on parler véritablement de manque dans ce dernier cas ? Il semble ici qu’il n’y aurait peut-être pas un manque ressenti, mais un manque que l’on établirait par comparaison (avec ce que les autres ont, avec ce que nous pourrions avoir, avec ce que nous pourrions faire avec la chose en question).

Mardi 16 septembre

Absence du professeur (garde d’enfant malade).

Jeudi 18 septembre

Par conséquent, tout désir pourrait bel et bien se concevoir comme un état de manque ? Mais faut-il considérer que tout état de manque conduit à une souffrance ? Il semble que seule la non satisfaction d’un besoin puisse conduire à une souffrance. Ne pas satisfaire une simple envie ne semble pouvoir conduire qu’à une simple frustration. D’autre part, puisque la souffrance est de l’ordre d’un ressenti, il faudrait que le manque soit lui-même ressenti et ne repose pas simplement sur une comparaison, pour pouvoir être considéré comme une forme de souffrance.

En définitive, l’argument de Schopenhauer repose sur une conception trop large des désirs qui ne distingue pas assez le désir de ce dont nous avons besoin et le désir de ce dont nous n’avons pas besoin. Mais, en vue du bonheur, faut-il chercher à satisfaire tous ces désirs ou faut-il prendre en compte, d’une manière ou d’une autre, cette distinction entre les désirs ?

Nous venons en définitive de dégager une série de problèmes posés par l’idée que le bonheur consisterait à satisfaire tous ses désirs. Cherchons maintenant une réponse à ces problèmes. Qu’est-ce que le bonheur ?

1°) Travail sur une première solution : la philosophie d’Épicure.

Travail en autonomie sur un texte de présentation de la philosophie d’Épicure par Patrick Daneau : Épicure contre l’hyperconsommation. Une question directrice : Comment parvenir au bonheur selon Épicure ? (répondre à la question en une dizaine de lignes).

À faire pour vendredi 19 septembre : finir le travail commencé en cours

Vendredi 19 septembre

Point méthode : travail sur les stratégies de lecture d’un texte. Qu’avez-vous fait pour faire le travail demandé ?

Progressivement, à partir des réponses des élèves, se construisent les bases d’une méthode de lecture d’un texte. Points essentiels à retenir :

1°) a/ Avoir une démarche active, et questionner le texte : lire le texte avec une question en tête, pour chercher des réponses. Dans le cas du texte d’Épicure, la question était déjà donnée (« Comment parvenir au bonheur selon Épicure ? »), la difficulté, lorsqu’on découvre un texte, est de savoir à quelle question ce texte essaie de répondre.

b/ Souligner les termes importants (distinctions conceptuelles, définitions, termes techniques). Exemple : la distinction entre les vrais et les faux plaisirs, la distinction entre les différents types de désirs, l’aponie et l’ataraxie, l’expression “il faut limiter ses désirs”, les quatre maux.

2°) Repérer les idées principales du texte, et les reformuler sous la forme d’une phrase en cherchant à répondre à la question que l’on se pose. Exemple : au lieu de simplement repérer la distinction entre les différents types de désirs , écrire par exemple : “Pour parvenir au bonheur, il faut satisfaire les désirs naturels et nécessaires, modérer les désirs naturels et nécessaires, et rejeter, se libérer des désirs non naturels et non nécessaires”. De même, au lieu de simplement noter la distinction entre les vrais et les faux plaisirs, écrire par exemple : “Ce sont seulement les vrais plaisirs qui constituent le bonheur, et non pas les faux plaisirs, qui eux, nous éloignent du bonheur” .

3°) a/ Repérer les liens logiques, les connexions entre les idées principales. Exemple : on peut comprendre le lien entre l’expression “Il faut limiter ses désirs » et la distinction des trois types de désirs ainsi : il faut limiter ses désirs signifie en fait qu’il faut limiter ses désirs aux désirs naturels (nécessaires et non nécessaires).

b/ Commencer à repérer la structure de l’argumentation : retrouver les idées qui sont au fondement des autres idées (aller du plus général au plus précis, de l’idée de départ à la conséquence).

4°) a/ Repérer les enjeux du texte : comprendre ce qu’il y a d’étonnant, de paradoxal, d’audacieux, dans les idées du texte.

b/ Repérer l’idée directrice du texte : résumer le texte à une idée.

c/ Essayer de rapporter toutes les idées à cette idée directrice.

À faire pour lundi 22 septembre : Choisir une idée directrice pour le texte et rapporter toutes les idées à cette idée directrice. Proposition d’idée directrice : « Il faut limiter ses désirs ». Astuce pour trouver les connexions : poser des questions à propos de cette idée directrice (il faut limiter ses désirs : pourquoi ? Comment ? Limiter à quoi ?), et dès que l’on commence à donner des réponses à ces questions, se demander si l’on ne peut pas se poser d’autres questions.

Lundi 22 septembre

Contrôle de connaissance n°1 : 1°) Analyser la publicité pour Dior. 2°) Montrer, à partir d’exemples, qu’il y a un problème à dire que nous pouvons désirer ce qui est mauvais pour nous. 3°) Expliquer le mythe d’Aristophane.

Début de la schématisation de la philosophie d’Épicure (cf. ci-dessous).

Mardi 23 septembre

Schématisation de la philosophie d’Épicure.

Idée directrice : Il faut limiter ses désirs.

1°) À quels désirs faut-il se limiter ? Aux désirs naturels. Il faut satisfaire les désirs naturels et nécessaires (ceux qui représentent les besoins fondamentaux, qui ne se limitent pas à manger, boire, etc., mais incluent également la réflexion, l’exercice de sa pensée, et l’amitié). Il faut toutefois modérer les désirs naturels et non nécessaires (savoir vivre simplement). Quant aux désirs non naturels et non nécessaires (par exemple le désir du luxe, le désir de la gloire, le désir de ne pas mourir), il faut s’efforcer de les éliminer, de les rejeter.

2°) Comment parvenir à limiter ses désirs ? a – Il faut tout d’abord réfléchir à soi et à ses propres désirs. Il faut se questionner, se demander quelles vont être les conséquences de la satisfaction de tel ou tel désir, se demander ce que l’on désire vraiment. b- Il faut également parvenir à affirmer sa volonté sur ses propres désirs, à maîtriser ses propres impulsions à faire quelque chose que nous pourrions regretter. c – Il s’agit également pour Épicure de se détacher des normes sociales de la vie ordinaire, sans pour autant vivre de manière totalement isolée. Épicure n’est pas un ermite et souligne l’importance de l’amitié, toutefois il se retire en un sens de la vie politique et économique de son temps pour former une communauté de vie et de pensée, une école qui s’appelera Le Jardin

3°) Pourquoi chercher à limiter ses désirs ? a – Pour parvenir au bonheur. Le bonheur pour Épicure réside dans l’aponie (absence de souffrance dans le corps) et l’ataraxie (absence de trouble dans l’âme). Aponie et ataraxie sont les vrais plaisirs pour Épicure. Le terme qu’Épicure emploie est en fait celui de plaisir stable : parvenir à ce type d’état, c’est parvenir à un état durable (donc stable dans le temps) de satisfaction, et à un état de paix et de tranquillité de l’âme et du corps (donc un état stable au sens d’un état d’équilibre et de sérénité). Pourquoi faut-il limiter ses désirs pour parvenir au bonheur ? L’idée est que si on ne limite pas ses désirs, alors on est dans un état de perpétuelle insatisfaction (cf. l’image du tonneau percé, de Platon). Il faudrait ainsi vivre une vie simple, centrée sur l’essentiel et sur la satisfaction de ses besoins fondamentaux. b – Pour être libre. (i.) Il s’agit tout d’abord de ne pas être esclave de ses désirs et de dépendre le moins possible du monde extérieur. (ii.)Il s’agit également de se libérer de ses craintes, de ses angoisses. Notamment, il s’agit de se libérer de la crainte de la mort, de la crainte du hasard, de la crainte de perdre ce qu’on a et de ne pas avoir ce que l’on espère.

Jeudi 25 septembre

Mise en évidence de la modernité de la philosophie d’Épicure. Comment vivrait un épicurien actuel ?

Mise en évidence des limites de la philosophie d’Épicure. 1°) La philosophie d’Épicure est une sagesse qui présuppose une capacité de maîtrise de ses propres désirs. La difficulté réside ici dans ce que l’on appelle la faiblesse de la volonté : dans quelle mesure sommes-nous capables d’affirmer notre propre volonté sur nos désirs ? Mais, même si la volonté peut être faible, cette objection ne remet pas en cause la philosophie d’Épicure, elle souligne simplement qu’il peut être difficile de vivre comme Épicure le préconise, surtout lorsque nous vivons dans une société de consommation qui tend à faire de la satisfaction de ses envies la norme du bonheur. 2°) La philosophie d’Épicure est une sagesse individuelle qui semble ne pas avoir de véritable dimension collective et politique. Peut-on véritablement penser une politique épicurienne ? La difficulté tient à la distinction entre ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas : peut-on établir objectivement cette distinction ? Peut-on prétendre savoir ce qui est essentiel, fondamental dans la vie des individus, et proposer des décisions politiques qui favorisent un tel type de vie ? Une politique épicurienne ne serait-elle pas paternaliste ?

Examinons maintenant une deuxième conception, après celle d’Épicure : l’utilitarisme de Bentham. Cf. Texte de Bentham

Le terme d’utilitarisme en France évoque souvent le règne des intérêt privés, égoïstes et la réduction de toute chose à ce qui est utile à l’individu. En fait, au sens premier et philosophique du terme, l’utilitarisme est l’idée qu’il faut toujours accomplir l’acte le plus utile pour le plus grand nombre. Ce principe est le principe d’utilité, et dans la formulation de Bentham, l’acte le plus utile est celui qui produit le plus de satisfaction. Bentham utilise en fait plus souvent les termes de plaisir et de douleur, mais leur donne un sens très général, alors que, dans le cours, nous avions donné un sens plus spécifique et plus restreint à ces termes.

Pour Bentham, il faut en définitive maximiser la satisfaction, maximiser le bien-être des individus. L’utilitarisme prétend ainsi mesurer le bonheur et proposer un calcul du niveau de satisfaction des individus. Pour Bentham, le bonheur consiste en la balance des plaisirs et des douleurs : nous sommes heureux lorsque les satisfactions l’emportent sur le reste.

L’utilitarisme de Bentham présente plusieurs intérêts :

1°) L’utilitarisme refuse le paternalisme fort. Bentham interdit tout jugement moraliste sur des actes qui ne font que produire de la satisfaction, sans causer de tort à personne. Il refusait ainsi la criminalisation de l’homosexualité : une personne homosexuelle ne fait que procurer du plaisir à son partenaire, sans causer de tort à personne. Mais si l’utilitarisme refuse le paternalisme fort, dans la mesure où un individu peut très bien se tromper dans le calcul du bien-être qui est au fondement de l’utilitarisme, Bentham semble accepter une forme de paternalisme faible : un individu peut effectivement choisir un acte qui n’est pas le plus utile pour lui et il serait justifié d’intervenir, sous cette condition.

Vendredi 26 septembre

2°) Bentham propose une conception du bonheur qui ne se réduit pas à une dimension simplement individuelle. Le bonheur doit aussi être envisagée, du point de vue de l’utilitarisme, dans sa dimension collective. L’utilitarisme n’est pas un égoïsme. Pour Bentham, le calcul du bien-être ne doit exclure personne et doit être impartial. L’utilitarisme nous demande ainsi de dépasser nos propres tendances à la partialité, il nous demande de ne favoriser personne (ni nous-mêmes, ni nos proches). L’utilitarisme est ainsi une philosophie profondément égalitariste, qui semble faire preuve d’un réel souci des autres. Bentham était ainsi défenseur du droit des femmes, s’intéressait à la condition des pauvres, à la condition des prisonniers (même si nous verrons que les solutions qu’il a proposées sont surprenantes). En exigeant de penser à la satisfaction du plus grand nombre d’individus, Bentham en vient même à se demander s’il ne faut pas inclure les animaux dans le calcul utilitariste. En effet, les animaux eux aussi sont capables de plaisir et de souffrance : la quantité de souffrance que nous infligeons aux animaux est-elle légitime ? Si la souffrance est un mal, pourquoi serait-elle un mal chez l’homme, et pas un mal chez l’animal ? En termes modernes, ne serait-ce pas faire preuve de spécisme, que de refuser de prendre en compte la souffrance que nous causons aux animaux ? (Tout comme le sexisme désigne les discriminations qui se fondent sur une conception de la différence entre les sexes, le spécisme désigne les discriminations qui se fondent sur une conception de la différence entre les hommes et les animaux).

3°) Le principe d’utilité est une forme de régulation du désir. Nos désirs sont comme des forces, des impulsions qui nous conduisent à agir. Il ne s’agit pas avant tout de réaliser nos désirs, pour combler un présupposé manque. Il faut penser aux conséquences de nos actes d’un point de vue global, en étant à la fois prudent (il s’agit alors de penser aux conséquences pour soi d’un point de vue général, sur le long terme) et bienveillant (il s’agit alors de penser aux conséquences sur les autres de ses choix, de ne pas causer de tort aux autres, mais aussi de chercher à augmenter le bien-être de tous). La punition ne doit ainsi pas être pour Bentham une simple expression d’un désir de vengeance, ou d’un désir d’affirmer sa désapprobation d’un acte : la punition ne peut être justifiée que si elle est utile (ce qui conduira Bentham notamment à mettre en doute la légitimité des punitions envers les enfants).

4°) Bentham nous demande de toujours accomplir l’acte le plus utile. Ce principe est à la fois un principe moral, qui doit guider chaque individu dans ses choix, et surtout un principe politique, qui doit réguler les décisions politiques. En effet, il est difficile d’être soi-même impartial, et de penser sa vie et ses décisions du point de vue de l’utilité générale. Ce n’est que du point de vue politique que peut se réaliser une prise en compte des intérêts de chacun. L’objectif de la politique pour Bentham est d’augmenter le bien-être des individus et de diminuer leurs souffrances, leurs peines. Cet objectif politique justifie alors la nécessité d’une mesure du bien-être d’une population. Cette mesure doit en effet permettre de fournir le critère d’une bonne décision politique : pour réguler les décisions politiques, savoir celles qui sont bonnes et celles qui ne le sont pas, il faut disposer d’une mesure du bien-être de la population, pour savoir quelles sont les décisions qui ont pour conséquence une augmentation de ce bien-être et quelles sont celles qui ont pour conséquence une diminution de ce bien-être. (Remarque : ce thème de la mesure du bonheur est tout à fait d’actualité. Les économistes contemporains, dans le cadre de ce qu’on appelle la nouvelle économie du bonheur, cherchent à construire des indicateurs du bien-être d’une population. Cf. notamment le travail fait en ce moment par la commission Stiglitz)

Lundi 29 septembre à Jeudi 2 octobre

Devoir 1 (essai sur la philosophie) et contrôle de connaissance 1 rendus et corrigés.

Trois objections à l’utilitarisme : 1°) travail sur les projets de Bentham (Maisons d’Industrie et Panoptique), 2°) travail sur deux situations problématiques, dont le cas du lobotomisé, et 3°) le cas de la machine à expérience.

Nous pouvons toutefois critiquer l’utilitarisme. Du point de vue de l’utilitarisme, c’est la satisfaction qui est le critère du bonheur, mais cette affirmation est problématique.

1°) Le premier problème est de savoir si le bien-être est le but fondamental de l’existence. Peut-on justifier un type de société qui par un contrôle généralisé et une surveillance perpétuelle garantirait le bien-être de tous ? (Cf. les projets de Bentham qui se proposait d’améliorer la condition des pauvres (projet de Maisons d’Industrie) et d’améliorer la condition des prisonniers (projet de construction de prisons sous la forme d’un Panoptique), mais au prix d’une surveillance et d’un contrôle accru). Tocqueville soulignait justement la possibilité d’une tyrannie douce, d’un despotisme doux qui, en contentant tout le monde, diminuerait les velléités de révolte. La satisfaction et le repli sur son bonheur privé peuvent en effet éteindre la conscience critique.

2°) Le deuxième problème peut se formuler par la situation du lobotomisé qui compte les brins d’herbe (exemple proposé par Philippa Foot). La vie d’une telle personne est une vie réduite, limitée. Il lui manque ce qui nous semble fondamental : un rapport aux autres, un rapport à soi dans l’exercice de ses facultés (notamment exercice de sa pensée sous toutes ses formes : réflexion, imagination, remémorations), un véritable rapport au monde (la vie du lobotomisé est limitée à l’instant, alors qu’il nous semble fondamental d’avoir des engagements dans le monde sur le long terme, que ces engagements soient d’ordre politique, associatifs, relèvent de la famille ou du travail, etc.). Une vie heureuse ne semble pas ainsi essentiellement définie par la satisfaction que nous ressentons. Elle serait plutôt une vie accomplie, digne d’être vécue, c’est-à-dire une vie qui a une valeur définie par des biens objectifs (vivre une vie sociale riche, être capable d’exercer ses facultés physiques et intellectuelles, être engagé dans des projets sur le long terme qui ont un sens pour nous, etc.). Cette conception permet de comprendre pourquoi intuitivement nous avons tendance à refuser la vie du lobotomisé. Mais comment peut-on prétendre définir objectivement ce qui a de la valeur, ce que sont les biens qui font une vie heureuse ?

3°) Le troisième problème peut se formuler par la situation de la machine à expérience de Nozick. Cette situation met en évidence le fait que le bonheur ne semble pas se réduire à un état affectif.

Le bonheur ne serait tout d’abord par un simple état, c’est-à-dire quelque chose qui nous arrive. L’étymologie indique que le bon-heur est de l’ordre de la circonstance heureuse, du hasard, mais ne faut-il pas plutôt penser que le bonheur est une forme de construction libre de nous-même et de notre vie ? Au contraire, dans la machine à expérience, ce qui nous arrive est programmé, et même si c’est nous-même qui l’avons programmé, nous semblons refuser de concevoir le bonheur comme une simple suite d’événements satisfaisants qui nous arrivent.

D’autre part, le bonheur n’est pas un simple sentiment, pas un simple état affectif, mais inclut une dimension cognitive : le bonheur consisterait d’abord à porter un jugement de valeur sur sa vie. Être heureux, ce ne serait pas seulement ressentir une satisfaction, mais attribuer, après réflexion, une valeur à sa vie.

Du coup, si nous jugeons que notre vie a de la valeur, il faut se demander si ce jugement est fondé, est vrai. S’il n’est pas fondé, si notre bonheur repose sur une illusion, peut-on dire qu’il s’agit vraiment d’une vie heureuse ? Or justement, dans la machine à expérience ce que nous vivons est une illusion, sommes-nous véritablement prêts à vivre une vie faite d’illusions, même si cette vie nous procure de la satisfaction ?

Remarque : le film Matrix, et le film The Truman Show peuvent être utilisés comme exemples analogues à la situation de la machine à expérience de Nozick.

En définitive, nous sommes conduits à une troisième conception du bonheur. Les conceptions du bonheur qui refusent d’identifier le bonheur à la satisfaction et estiment qu’une vie heureuse est une vie accomplie définie par des biens objectifs constituent en effet ce que l’on appelle des conceptions perfectionnistes du bonheur.

Deux exemples de conceptions perfectionnistes du bonheur : Mill (qui défend une position intermédiaire entre l’utilitarisme et le perfectionnisme) et Aristote.

Vendredi 3 octobre

Méthodologie de la dissertation

Lundi 6 octobre

Fin de la méthodologie de la dissertation. Exercice : a/ Analyser les sujets suivants et b/ Dégager, à partir de ce travail d’analyse, une problématique. Sujets proposés : 1°) La réflexion est-elle un obstacle au bonheur ? 2°) Le bonheur est-il inaccessible ? 3°) Le bonheur est-il une affaire privée ? 4°) Désirons-nous seulement ce dont nous avons besoin ?

Correction de l’exercice

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