Explication de texte sur la matière et l’esprit – Descartes vs. D’Holbach

Vous devez choisir, pour le prochain devoir, soit le texte de Descartes, soit le texte de D’Holbach. Les deux textes portent sur la question du rapport entre la matière et l’esprit, mais ils énoncent des positions contraires.

Vous pouvez consulter à nouveau la méthodologie de l’explication de texte et vous pouvez également poser, ci-dessous, vos questions sur le texte. Je ne pourrai cependant pas répondre aux questions sur le sens même du texte (c’est l’objet même de l’explication). J’interviendrai simplement sur la méthodologie, ou bien pour vous indiquer des liens, des éléments de réflexion supplémentaires. N’hésitez toutefois pas à discuter entre vous sur le sens du texte.

Texte 1

À cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu’il n’y avait aucune chose qui fût telle qu’ils nous la font imaginer; et parce qu’il y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières de géométrie, et y font des paralogismes, jugeant que j’étais sujet à faillir autant qu’aucun autre, je rejetai comme fausses toutes les raisons que j’avais prises auparavant pour démonstrations […]. Mais aussitôt après je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose; et remarquant que cette vérité, – je pense, donc je suis -, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n’étaient pas capables de l’ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais.

Puis, examinant avec attention ce que j’étais, et voyant que je pouvais feindre que je n’avais aucun corps, et qu’il n’y avait aucun monde ni aucun lieu où je fusse; mais que je ne pouvais pas feindre pour cela que je n’étais point; et qu’au contraire de cela même que je pensais à douter de la vérité des autres choses, il suivait très évidemment et très certainement que j’étais; […] je connus de là que j’étais une substance dont toute l’essence ou la nature n’est que de penser, et qui pour être n’a besoin d’aucun lieu ni ne dépend d’aucune chose matérielle; en sorte que ce moi, c’est-à-dire l’âme, par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement distincte du corps, et même qu’elle est plus aisée à connaître que lui, et qu’encore qu’il ne fût point, elle ne laisserait pas d’être tout ce qu’elle est.

Descartes, Discours de la Méthode (1637), IVe partie.

Texte 2

Le dogme de la spiritualité ne nous offre en effet qu’une idée vague ou plutôt qu’une absence d’idées. Qu’est-ce que présente à l’esprit une substance qui n’est rien de ce que nos sens nous mettent à portée de connaître ? Est-il donc vrai que l’on puisse se figurer un être qui, n’étant point matière, agit pourtant sur la matière sans avoir ni points de contact ni analogie avec elle, et reçoit elle-même les impulsions de la matière par les organes matériels qui l’avertissent de la présence des êtres ? Est-il possible de concevoir l’union de l’âme et du corps, et comment ce corps matériel peut-il lier, renfermer, contraindre, déterminer un être fugitif qui échappe à tous les sens ? Est-ce de bonne foi résoudre ces difficultés que de dire que ce sont là des mystères, que ce sont des effets de la toute puissance d’un être encore plus inconcevable que l’âme humaine et que sa façon d’agir ? Résoudre ces problèmes par des miracles et faire intervenir la divinité n’est-ce pas avouer son ignorance ou le dessein de nous tromper ? […]

Ceux qui ont distingué l’âme du corps, ne semblent avoir fait que distinguer son cerveau de lui-même. En effet le cerveau est le centre commun où viennent aboutir et se confondre tous les nerfs répandus dans toutes les parties du corps humain : c’est à l’aide de cet organe intérieur que se font toutes les opérations que l’on attribue à l’âme ; ce sont des impressions, des changements, des mouvements communiqués aux nerfs qui modifient le cerveau ; en conséquence il réagit, et met en jeu les organes du corps, ou bien il agit sur lui-même et devient capable de produire au dedans de sa propre enceinte une grande variété de mouvements, que l’on a désignés sous le nom de facultés intellectuelles.

D’Holbach, Système de la nature (1770), chap.VII

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9 Commentaires »

 
  • Yvon dit :

    Bonjour Monsieur et bonne année ! Quel est exactement le travail d’explication à réaliser cette fois-ci ? Est-ce une préparation au brouillon en vue d’un devoir, comme la dernière fois ? Dans ce cas pourriez-vous me donner la date du devoir ? Le travail est-il au contraire à réaliser intégralement à la maison pour la rentrée ? Merci d’avance pour vos réponses.

  • Alexandra, TS4 dit :

    Bonjour,
    J’aurais aimé savoir la date exacte à laquelle on doit vous rendre le travail et aussi si l’on doit faire celui-ci à l’ordinateur ou à la main.

    Merci d’avance

  • Mélodie TS2 dit :

    Merci pour vos cours qui sont d’une clarté et d’une densité peu commune, ce qui les rendent très utiles! =)
    Bonne fin de vacances.

  • Virginie dit :

    Bonjour Monsieur, voila j’ai déjà fait mon explication de texte pour la rentrée, et j’ai pris le deuxième texte, mais voila je ne suis vraiment pas sur de ce que j’ai compris et j’ai peur d’avoir fait un contre-sens : l’auteur veut-il bien dire que pour lui en résumer le cerveau se suffit à lui même et donc que l’âme n’est justement qu’un dogme spirituel sans preuve, et que donc elle n’existerait pas vraiment, puisque le cerveau en plus de controler le reste du corp se contrôle lui-même ? Voila j’espère que vous m’éclaircirez un peu merci par avance !

  • gael dit :

    Bonjour, un petit problème m’est survenu à la fin de ma deuxième partie. Je veux conclure cette partie avec la réponse à la question suivante: « Mais que peut l’inébranlabilité du principe de base de Descartes face au scepticisme ? » J’ai un peu de mal à répondre a la question. Quelques éclairements de philosophes me seraient fort utiles!merci